09 mai 2016 ~ 0 Commentaire

La 4ème gauche

S – 50 – N° 0 – 9 mai 2016

La quatrième gauche ?

Paris, Palais de l’Elysée, 17 mai 2017, 11 h : les gardes républicains sont au garde à vous devant les orangers, les cuivres de la fanfare résonnent, le tapis rouge brille au soleil, les gravillons roulent sous les pneus de la berline présidentielle (encore de marque française), le nouveau Président de la République en descend …
Qui est-il ? Et surtout que veut-il faire ?
Oui, dans un an les électeurs français éliront un nouveau Président .
Il nous reste cinquante semaines, pas une de plus, pour faire émerger puis gagner un projet politique. Je ne l’imagine pas autrement que progressiste, européen, ouvert ; en un mot ‘de gauche’.
Mais ce mot ne veut plus rien dire.
Nous avons déjà connu plusieurs ‘’gauches’’ en France :
La première, ou plutôt la gauche N° 0, celle du Front populaire (il y a quatre-vingt ans !) et de la Libération, nous a apporté en dix ans : la semaine de quarante heures, les congés payés, la retraite, la sécu et les allocs pour tous. C’était une gauche de combat et de résultats.
Puis nous avons eu la ‘’première gauche’’, celle des nationalisations, qui professait : ‘’l’état peut tout’’. C’était celle de François Mitterrand : ‘’l’Etat, c’est moi !’’. A l’époque (1981) l’Etat pouvait effectivement beaucoup mais il ne pouvait pas tout : le taux de chômage est passé de 5 % en 1981 à 11 % en 1995 … Cette ‘’première gauche’’ a été définitivement enterrée par un futur premier ministre : ‘’l’Etat ne peut pas tout’’ regrettait Lionel Jospin en 1997 à l’occasion de la fermeture de l’usine Renault de Vilvorde.
Avant même l’accès au pouvoir de cette ‘’première gauche’’ (en fait dès le milieu des années cinquante), certains imaginaient déjà la ‘’deuxième gauche’’. En opposition à la ‘’première gauche’’ qui se voulait un ‘’socialisme à la française’, la ‘’deuxième gauche’’ est plus pragmatique moins idéologisée, ouverte aux forces syndicales (CFDT) et associatives. Malgré (ou à cause ?) de leader brillants Pierre Mendès-France, Michel Rocard, elle n’a que très peu gouverné. Evoquée pour la première fois publiquement par Michel Rocard lors du congrès du parti socialiste de Nantes en 1977 cette ‘’deuxième gauche’’ proclamait : ‘’ la négociation et le contrat peuvent tout’’. Ce ‘’contractualisme’’ cher à Edmond Maire et Nicole Notat pouvait effectivement beaucoup, il a permis la fin du conflit en Nouvelle-Calédonie (1988), le RMI (1989), le gouvernement de la gauche plurielle (1997) (avec pour la première fois un secrétaire d’état à l’économie solidaire) et ses réformes. Mais il ne pouvait pas tout : il a été stoppé en 2002 par la gauche nationaliste de Jean-Pierre Chevènement alliée, de circonstance, à la gauche radicale et égalitariste de Christiane Taubira.
L’élection en 2012 de François Hollande qui, lorsqu’il était premier secrétaire du parti socialiste, défendait un ‘’réformisme radical’’ aurait pu relancer cette ‘’deuxième gauche’’ ; il n’en a rien été. Nous avons au contraire assisté à la naissance d’une ‘’troisième gauche’’, celle qui pense que : ‘’le marché est plus fort que tout’’. François Hollande est venu nous expliquer en direct à la télévision qu’il était prématuré de faire le bilan du quinquennat après seulement quatre années d’exercice du pouvoir : il a arithmétiquement raison mais politiquement tort.
En quelques lignes quel est ce bilan ? :
• le chômage baisse partout (25 pays sur 28) en Europe sauf en France
• les déficits publics, promis à moins 3 % du PIB en 2013, seront encore à moins 3,5 % en 2016 sans diminution des dépenses réelles de l’Etat
• le nombre de chômeurs a augmenté de 600 000
• le PIB par personne n’a pas augmenté
• les plus jeunes ne croient pas en la politique : 20 % ne sont pas inscrits sur les listes électorales, ceux qui le sont s’abstiennent (1/3) ou votent FN (1/3)
La principale mesure économico-fiscale du quinquennat a été la création du CICE qui aurait dû servir à renforcer la compétitivité des entreprises soumises à la concurrence internationale, tant à l’exportation que sur le marché national. Il a bénéficié en premier lieu aux entreprises de la grande distribution, aux sociétés d’assurance et à la Poste. Les ristournes sociales et fiscales (environ 40 milliards d’euros par an en 2017) ne bénéficieront qu’à hauteur de dix milliards d’euros aux entreprises qui innovent et/ou qui exportent . Seules l’innovation et l’exportation peuvent apporter un surcroît d’activité (donc d’emplois et de recettes), 30 milliards d’euros par an seront donc dépensés avec fort peu d’effet sur l’emploi.
La deuxième grande mesure de ce quasi-quinquennat a été la promesse tenue du recrutement massif de 60 000 enseignants pour nos écoles, collèges, lycées et universités. Alors qu’il aurait été nécessaire de concentrer ces recrutements sur les niveaux CP et CE1, là où prennent naissance les inégalités et ou se crée l’échec scolaire (même si celui-ci ne se constate qu’une dizaine d’années plus tard) ces recrutement ont été saupoudrés de la maternelle à l’université sans effet notable sur la réduction de l’échec scolaire et des inégalités face à l’école.
Autre réforme entamée et inachevée celle de l’organisation de nos collectivités. Entre la modification du périmètre des régions, la création des métropoles, la non-suppression des départements, on est loin du ‘’réformisme radical’’ cher à notre Président. Encore une occasion ratée.
Dernier exemple d’opportunité non saisie. Entre 2012 et 2016 le prix du baril de pétrole est passé en moyenne annuelle de 110 $ à 40 $ soit, compte tenu des variations du cours €/$ , 40 milliards de dépenses en moins pour les français (collectivités, ménages et entreprises) alors que sur la même période le litre de gazole à la pompe évoluait de 1,4 à 1,1 €/litre. Un lissage du prix à la pompe sous la forme d’une contribution carbone ou d’une TIPP flottante aurait permis, tout en faisant bénéficier les consommateurs de produits pétroliers de 50 % de la baisse, un surcroît de recettes parafiscales de près de 10 milliards d’euros par an : largement de quoi financer la transition énergétique !
Et maintenant ?
Après l’échec de la première gauche (l’Etat peut tout), l’empêchement de la deuxième (le contrat peut tout), la catastrophe de la troisième (le marché peut tout), chacune ayant partiellement raison, il nous faut inventer une ‘’quatrième gauche.
Elle ne sera pas la synthèse des trois précédentes. Je la vois appuyée sur quatre piliers :
• la diffusion large et gratuite des savoirs et des connaissances. La numérisation du monde est encore devant nous et il faut numériser le mammouth.
• la défense des biens communs : le savoir, la culture, l’eau, la terre et, en premier lieu, le climat .
• la participation sous des formes encore à élaborer, numériques mais pas seulement, des citoyens à la vie publique
• l’ouverture aux autres, à tous les autres, pour enfin donner une âme à la mondialisation
Si cette quatrième gauche, encore à inventer, devait échouer en 2017 alors les inégalités continueront d’augmenter, la France de se refermer, le mercure de monter, les démagogues populistes de progresser, les français de s’appauvrir, l’Europe de se consumer, … jusqu’au jour où …

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