20 mai 2016 ~ 0 Commentaire

Beuvray ou Europe 1 ?

N° 2 20 mai 2016

Beuvray ou Europe 1 ?

Le Président de la République vient de proclamer fièrement : ‘’Il n’y a pas d’alternative à gauche !’’. La veille Arnaud Montebourg du haut du Mont Beuvray nous proposait tout aussi fièrement : ‘’… de bâtir … un grand projet alternatif pour la France’’ ; ce beau discours d’une carrure présidentielle mérite d‘être lu .
Jeu politique, combat d’ego par caméras interposées ? Pas seulement.
Je ne serai pas de ceux qui reprocheront à Francois Hollande de vouloir défendre son bilan devant les français, je vous en proposerai ma lecture dans quelques mois. Quant à Arnaud Montebourg, au-delà de sa faconde et de son énergie, il a, à la différence de ses camarades frondeurs, une véritable volonté de gouverner et de s’affronter au réel pour le transformer. Mais, comme souvent dans les discours, les propositions pour le ‘‘redressement productif du pays’’ sont encore peu présentes …
SI nous parlons de redressement, c’est qu’il y a eu un déclassement !
Les faits sont simples :
o La part de l’industrie dans la valeur ajoutée française est passée de 18 % en 2000 à 11 % en 2014
o En Europe les productions industrielles de l’Allemagne, de l’Italie et du Royaume Uni sont supérieures à la notre
o La France a perdu plus d’un million d’emplois industriels depuis 2000 et un autre million entre 1980 et 2000
o Le commerce extérieur français est passé d’une situation légèrement excédentaire de quelques milliards d’euros annuels en 2000-2002 à un déficit de 74 milliards d’euros en 2011, année record. Ce déficit diminue un peu depuis mais en 2015 il reste encore de plus de 50 milliards d’euros.
o Entre 2000 et 2012 l’économie française a perdu le tiers de ses parts de marché sur les marchés internationaux
Le diagnostic est clair : la France se désindustrialise plus rapidement et plus fortement que les pays comparables. La compétitivité de l’industrie française diminue très nettement depuis le début des années 2000. Cela a de lourdes conséquences : exportations en baisse, effort de R&D insuffisant, revenu moyen plus faible, et chômage considérable.
Le mot compétitivité est un mot qui parfois inquiète ; voici la définition qu’en donne le CESE et que j’adopte : ‘’La compétitivité est la capacité de la France à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale dans un environnement de qualité. Elle peut s’apprécier par l’aptitude … à maintenir et à attirer les activités et par (l’aptitude) des entreprises à faire face à leurs concurrentes’’.
Il faut arrêter le massacre. La perte de compétitivité de l’industrie française est le problème N° 1 du pays, tous les autres (chômage élevé, déficits publics, endettement, …) ne sont que des conséquences. Suite au rapport de Louis Gallois de septembre 2012, les gouvernements Ayrault et Vals ont déjà pris quelques mesures, insuffisantes mais allant dans le bon sens (CICE, BPI, rôle des régions, …) ; il faut les poursuivre et les renforcer.
Je ne reviendrai ni sur les causes, nombreuses et variées, de cette situation ni sur les atouts, encore plus nombreux, du pays pour en sortir ; je préfère vous proposer quelques mesures pour retrouver une compétitivité industrielle élevée qui tirera toute l’économie française :
1. Déclarer la reconquête de notre compétitivité industrielle comme l’objectif N° 1 de toutes nos politiques économiques, sociales et fiscales
2. Maintenir le Crédit Impôt Recherche dans ses modalités actuelles pour les grandes entreprises
3. Créer un compartiment du CIR pour PME avec un taux de CIR de 60 % pour les dépenses de recherche jusqu’à 20 millions d’euros (30 % entre 20 et 100 millions d’euros et 5 % au-dessus de 100 millions d’euros
4. Inciter chaque chercheur public à passer deux ans de sa carrière dans un laboratoire de recherche industriel
5. Diminuer le plafonnement de la contribution économique territoriale de 3 % à 1 % de la valeur ajoutée
6. Pérenniser les dispositifs d’amortissements accélérés pour les équipements destinés à économiser l’énergie et l’eau, à réduire les pollutions, à augmenter la productivité
7. Diviser par deux le taux d’IS pour la part des bénéfices réinvestis dans des biens matériels
8. Basculer en cinq ans les cotisations sociales patronales et salariales non strictement liées au travail (logement, transport, politique familiale, maternité, solidarité, …) sur d’autres impôts (CSG et TVA) sans plafond de salaire
9. Supprimer toutes les cotisations sociales pour les contrats d’apprentissage et de professionnalisation en alternance y compris les contrats CIFRE
10. Permettre à tous les cursus techniques post bac (DUT, BTS, écoles d’ingénieurs) de se dérouler de façon continue ou en alternance
11. Faire de la simplification administrative un véritable objectif pour toutes les administrations
12. Numériser toutes les procédures administratives que l’on n’aura pas réussi à supprimer
13. Diviser par deux tous les délais de réponse ou d’instruction qui s’imposent à l’administration
14. Regrouper en une seule les branches professionnelles industrielles ainsi que leurs conventions collectives
15. Renforcer (tripler ?) dans chaque ambassade les services économiques d’aide à l’exportation
16. Simplifier et rendre (quasi)gratuit le recours aux garanties à l’exportation qui doivent devenir un véritable service public
17. Diminuer drastiquement les délais de paiement inter-entreprises avec un objectif de moins d’un mois.
18. Enrichir le compte personnel d’activité en y introduisant les droits liés à l’ancienneté, au compte épargne temps, au plan d’épargne d‘entreprise
19. Supprimer par la loi les PDG ‘’seul maître à bord’’ en faisant disparaître les conseils d’administration remplacés par la structure directoire + conseil de surveillance pour les entreprises cotées
20. Faire du dialogue social un facteur de compétitivité en accordant des sièges aux représentants élus des salariés dans les conseils de surveillance de chaque entreprise cotée
21. Développer massivement l’actionnariat salarial par des incitations fiscales en permettant aux primes diverses (intéressement, participation, ancienneté, …) d’être investies, avec abondement de l’entreprise et défiscalisation, en actions de l’entreprise
22. Transférer une partie des encours du livret A (environ 50 milliards d’euros) sur le livret de développement durable
Ces 22 mesures ne sont ni très originales ni très nouvelles, prises ensemble et rapidement elles donneront à nos entreprises industrielles l’élan nécessaire pour relancer leurs investissements et leurs embauches. Qu’elles soient annoncées depuis un studio de radio ou depuis le modeste sommet (821 m) d’une colline bourguignonne, peu importe, l’objectif est de récupérer chaque année pendant au moins 10 ans 0,5 % de PIB, 100 000 emplois, 10 milliards d’euros d’exportations nettes et surtout de stopper le décrochage mortel engagé au début des années 2000 .
L’emploi et la cohésion sociale dans un environnement de qualité (cf. la définition de la compétitivité) en seront les premiers bénéficiaires.

Benoît Mollaret (salarié de l’industrie depuis 30 ans)

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