26 juillet 2016 ~ 0 Commentaire

Ca va mieux !

N°14 26 juillet 2016

Ça va mieux !

En 2000, au début du millénaire, l’ONU a élaboré un programme ambitieux destiné à combattre la pauvreté à travers le monde. Ce programme validé par les 193 membres de l’ONU ainsi que par 23 organisations internationales s’est concrétisé sous la forme de 8 objectifs (et 21 cibles) connus sous le sigle OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Ce programme sur quinze ans est arrivé à son terme et il est temps d’en faire le bilan : les résultats sont considérables . Sur ce plan, oui, ça va mieux, vraiment mieux.
Les 8 OMD : des résultats !
Objectif N°1 : Diviser par deux l’extrême pauvreté et la faim
Cet objectif est largement atteint.
La part de la population des pays en développement vivant avec moins de 1,25 $ par jour est passée de 46 % en 1990 à 14 % en 2015. En valeur absolue le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est passé de 1,9 milliards à 800 millions, un milliard de personnes sont sorties de la misère. La proportion de personnes sous-alimentées a baissé de 23 % en 1990 à 13 % en 2015.
Objectif N°2 : Assurer l’éducation primaire pour tous
Cet objectif est globalement atteint.
Dans les pays en développement le taux de scolarisation est passé de 83 % à 91 %, de 60 % à 80 % en Afrique. Le nombre d’enfants non scolarisés a chuté de 100 millions à 57 millions entre 2000 et 2015.
Objectif N°3 : Promouvoir l’égalité des sexes
Les résultats sont positifs mais encore insuffisants.
Les disparités entre les sexes dans l’accès à l’enseignement primaire ou secondaire ont disparu.
La proportion de femmes parlementaires a doublé en vingt ans pour atteindre 20 % … 90 % des pays ont davantage de femmes parlementaires en 2015.
Objectif N°4 : Réduire la mortalité enfantine
Objectif parfaitement atteint.
Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est passé de 90 à 43 décès pour 1000 naissances entre 1990 et 2015 (dans les pays développés ce même taux est tombé de 15 à 6). Le nombre de décès d’enfants de moins de 5 ans a chuté de 13 millions en 1990 à 6 millions en 2015. Le nombre de cas de rougeole signalés a baissé des deux tiers ; le vaccin couvre 84 % des enfants contre 73 % en 2000.
Objectif N°5 : Améliorer la santé maternelle
Objectif globalement atteint.
Le taux de mortalité maternelle est passé, pour 100 000 naissances, de 380 en 1990 à 330 en 2000 puis 210 en 2015 (dans les pays développés ce taux est de 16 et ne baisse plus). 71 % des naissances en 2013 contre 59 % en 1990 ont été accompagnées par un professionnel de santé, avec des disparités du simple au double entre zones rurales et urbaines.
Objectif N°6 : Combattre le SIDA, le paludisme et autres maladies transmissibles
Les objectifs dans ce domaine ont été largement atteints.
Les nouvelles infections par le VIH ont chuté de 40 % entre 2002 et 2013. Aujourd’hui plus de 15 millions de personnes vivant avec le VIH reçoivent un traitement antiviral contre moins d’un million il y a dix ans !
Le taux de mortalité dû au paludisme a chuté de 58 %, celui dû à la tuberculose de 45 %, entre 2000 et 2015.
Objectif N°7 : Assurer un environnement sain et durable
Les principaux objectifs sont là aussi atteints.
En 2015 91 % de la population, contre 76 % en 1990, utilise une source d’eau potable. Le nombre de personnes ayant l’eau potable ‘’au robinet’’ à domicile est passé de 2,3 à 4,3 milliards.
Les produis chimiques appauvrissant la couche d’ozone ont été totalement éliminés et celle-ci sera reconstituée avant 2050.
Dans les régions urbaines des pays en développement la population vivant dans des taudis est passée de 39 à 29 %.
Objectif N°8 : Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
Là encore des résultats considérables.
L’aide publique au développement des pays développés a bondi de 80 à 135 milliard de $ soit + 66 % entre 2000 et 2014, seuls quelques pays (du nord de l’Europe) dépassent l’objectif d’une aide publique au développement de 0,7 % de leur PIB.
Le service de la dette des pays en développement est passé de 12 % à 3 % de leurs recettes d’exportation .
Le nombre de téléphones portables a été multiplié par 10 (plus de 7 milliards d’abonnés) entre 2000 et 2015, la pénétration d’internet a bondi de 6 % à 45 % !

Encore des manques

Bien sur les résultats sont inégaux, les moyennes cachant toujours des disparités ; les inégalités persistent et restent concentrées : la moitié du milliard de personnes considérées comme extrêmement pauvres vivent dans 5 pays.
Bien sur les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement ne traitaient pas tous les problèmes : rien sur l’agriculture vivrière, rien sur le traitement des déchets, rien sur l’accès à l’énergie, rien sur les pollutions urbaines, rien encore sur le réchauffement climatique (qui en 2000 n’était pas à l’agenda mondial), rien, bien sûr et malheureusement, sur la démocratie qui n’est pas un objectif consensuel à l’ONU dont plus de la moitié des membres ne sont pas des pays démocratiques.
Bien sur les inégalités entre les sexes demeurent et sont peu atténuées : dans le monde trois quarts des hommes en âge de travailler sont actifs contre la moitié des femmes et lorsqu’elles travaillent elles gagnent 24 % de moins que les hommes. Malgré des progrès réels il reste encore beaucoup à faire pour atteindre la parité dans les lieux de décision publics ou privés.
Bien sur les inégalités villes/campagnes sont encore immenses : 87 % de naissances assistées contre 56 %, 4 % de non accès à l’eau potable contre 16 %, 18 % de non accès à un système d’assainissement contre 50 %.
Au-delà de ces insuffisances il y a aussi quelques reculs : les pénuries d’eau affectent plus du tiers de l’humanité et elles continuent à augmenter, les stocks de poissons diminuent, les espèces animales diminuent en nombre et en répartition, la biomasse forestière a (légèrement) diminué et surtout, comment l’oublier ?, les émissions de CO2 ont doublé entre 1990 et 2015. Dernier point, et le plus douloureux, les conflits restent la principale menace pour le développement humain : environ 80 millions de personnes dont moitié d’enfants ont été obligés de quitter leur foyer, c’est le plus haut niveau depuis 1945.
Certains penseront que le verre peut être vu comme à moitié plein ou à moitié vide : non le verre est aux trois quarts pleins : malgré toutes ces insuffisances, toutes ces limites et quelques reculs le programme OMD a atteint ces objectifs et il faut s’en réjouir : la vie de 100 millions de personnes a été sauvée et la vie d’un milliard d’autres a été améliorée.
Une méthode
C’est le résultat d’une méthode :
o Ces objectifs concernent tous les pays ; les actions mondiales, régionales, nationales ou locales sont convergentes
o Ils sont tous mesurables : c’est la mise en œuvre du principe ‘’tout ce qui se mesure s’améliore’’ et de son principe opposé ‘’ce qui ne se mesure pas ne s’améliore pas’’
o Les cibles à atteindre sont définies en utilisant la méthode de la ‘’demi vie’’ : ‘’Diviser par deux (ou par trois ou par quatre) la prévalence de telle ou telle maladie d’ici X années’’
o Le programme se déroule sur 15 ans
o Les problématiques (alimentation, santé, éducation, eau …) sont traitées en bloc et non une par une

Evidemment il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin et l’ONU a défini un nouveau programme sur 15 ans, une ‘’nouvelle ère de développement’’ en langage onusien. Ce nouveau programme essaie d’obéir à la même méthode avec un périmètre plus large : ont été ajoutés des chapitres sur l’énergie, les pollutions urbaines, l’industrie, la recherche et l’innovation, les infrastructures, le changement climatique, la paix. Ces 17 Objectifs de Développement Durable contiennent plus de 100 cibles (c’est beaucoup trop) et certains ne sont malheureusement pas mesurables et rédigés en langage technocratiques blablateux. Donnons-nous rendez-vous dans 15 ans pour en faire le bilan et nous réjouir à nouveau avec de bonnes nouvelles en provenance de toute la planète. Les pays riches devront encore sortir leur chéquier : à lui seul l’objectif N°13 sur les changements climatiques (en gros la mise en œuvre des décisions de la COP21) va nécessiter 100 milliards de $ par an ; l’aide au développement, publique comme privée, devra doubler bien avant 2030.
Dernière bonne nouvelle tombée cette nuit : l’avion Solar Impulse mu à 100 % par de l’énergie solaire photovoltaïque vient de terminer son premier tour du monde en 17 étapes dont un New-York / Séville non-stop. Même Jules Verne ne l’avait pas imaginé ! Les perspectives ouvertes par cette performance sont encore floues mais potentiellement considérables : Lindbergh en traversant l’Atlantique il y a 90 ans imaginait-il qu’aujourd’hui il y aurait 100 000 passagers par jour à faire le même vol que lui ? Voyagera-t-on un jour à bord d’avions solaires ? Ce serait fou de dire oui et idiot de dire non . Peut-être que dans 90 ans le dernier objet qui consommera du pétrole sera un avion ?
Comme l’a dit Bertrand Piccard, le pilote de Solar Impulse, en se posant cette nuit sur l’aéroport d’Abu Dhabi : ‘’l’avenir sera propre’’ – ou ne sera pas – ‘’ et il commence maintenant’’.

Benoît Mollaret

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