28 octobre 2016 ~ 0 Commentaire

Le Roy Petault à l’Elysée

N°24 28 octobre 2016

Le Roy Petault à l’Elysée

Ouvrez le 1er journal venu, écoutez telle ou telle fréquence, et vous trouverez des affirmations du style : ‘’l’Europe est incapable de relancer la croissance’’, ‘’l’Europe n’arrive pas à régler le problème des migrants’’, ‘’l’Europe est en panne ou à reconstruire ou malade ou …’’, ‘’l’Europe est un déni de démocratie’’, ‘’l’Europe se construit contre les peuples’’.

Soyons sérieux cinq minutes et regardons comment fonctionnent nos démocraties nationales en Europe ; je n’ose même pas évoquer la démocratie états-unienne faite de ‘’sexe, mensonges et video’’ (palme d’or à Cannes) cachés sous une montagne de $.

Au Royaume-Uni
nous avons un prime minister May qui le 26 mai lors d’une réunion privée avec des banquiers proclamait : ‘’Je pense que les arguments économiques sont clairs … faire partie d’un bloc commercial de 500 millions de personnes est important pour nous … beaucoup de personnes vont investir au Royaume-Uni parce que le Royaume-Uni est en Europe … si nous n’étions pas en Europe …il y aurait des entreprises et des compagnies qui se demanderaient s’ils ne devraient développer leur présence sur le continent plutôt qu’au Royaume-Uni …il y a de clairs avantages en termes économiques’’ et qui, après avoir bien manœuvré pour devenir chef du gouvernement, veut maintenant négocier le brexit.
Brexit ‘’décidé’’ par un referendum consultatif et pour lequel le Parlement britannique, le plus vieux Parlement du monde, n’a pas été et ne sera peut-être jamais consulté.
Belle démocratie !

En Espagne
il n’y a plus de gouvernement depuis un an … Les élections législatives de 2015 ont fait apparaître deux nouvelles forces politiques Podemos (gauche alternative ou citoyenne ou ?) et Ciudadanos (centre) qui remettent en cause le bipartisme historique entre le PP (conservateur) et le PSOE (socialiste). PSOE et Podemos sont majoritaires à l’Assemblée mais ont été incapables de s’entendre ; conclusion le Parti Populaire va former un gouvernement minoritaire avec le contesté Rajoy.
Belle démocratie !

En Belgique
des conflits politico-linguistiques incompréhensibles par un non belge bloquent un accord commercial entre l’Union européenne et le Canada. La Wallonie qui représente 0,5 % du commerce euro-canadien interdit un accord qui concernerait 500 millions d’européens. Que cet accord soit discutable n’empêche pas que le processus le soit plus encore ! Et nous venons d’apprendre que le gouvernement belge avait réussi, sans changer un mot au traité mais avec une ‘’note interprétative’’, à convaincre les ‘’irréductibles wallons’’ (wallon et gaulois ont la même origine) d’accepter ce traité.
Belle démocratie !

On pourrait encore trouver de nombreux exemples de ‘’démocratie limitée’’ en Hongrie (fermeture du dernier journal d’opposition), en Grèce (à l’été 2015 Tsipras décide d’un referendum contre le diktat européen, le non l’emporte et Tsipras accepte les exigences européennes), en Italie, en Pologne (manifestations contre la Cour constitutionnelle) ou ailleurs.

Et en France ?
Ce n’est pas mieux. En 2010 certains cercles de réflexion proches du PS promeuvent la notion de primaire ouverte utilisée pour la 1ère fois en 2012 par le PS pour désigner Hollande comme candidat.

En 2016 Les Républicains organisent une primaire ouverte ‘’de la droite et du centre’’, lieu d’affrontement d’un ancien président, de deux anciens premiers ministres, de trois anciens ministres et d’un inconnu leader d’un micro-parti. Le débat principal ne porte ni sur le fond ni sur la personnalité des candidats mais sur la surface de l’électorat : un million de votants, c’est toi qui gagne ; 3 millions de votants, c’est moi ; 5 millions, c’est toi ; … Démocratie ?
Quelques électeurs et militants de gauche un peu déboussolés (on les comprend) sont même allés jusqu’à imaginer participer à cette primaire au motif que l’un des candidats serait plus acceptable que l’autre. Démocratie ?
Quitte à faire du billard à 3 bandes, autant en ajouter une et passer à 4 : je suggère à ces apprentis démocrates de voter pour le candidat Les Républicains le moins acceptable, il sera plus facile à battre au 1er tour en avril 2017 par l’un des candidats de gauche ou du centre.

Dans le parti Vert nous avons assisté en trois ans à deux séquences intéressantes. Avril 2014 un ministre vert leader de son parti refuse d’entrer dans le gouvernement Valls sans rien demander à son parti, la moitié des députés Verts quittent le parti. Deux ans après, rebelote à l’envers, le chef du parti accepte un portefeuille ministériel sans rien demander à personne et quitte son parti. Démocratie ?

Au PS, la primaire sera intéressante elle aussi : le président sortant affrontera (peut-être) deux ou trois de ses anciens ministres, pendant qu’il se prépare en regardant ‘’la courbe s’inverser’’ le premier ministre et la ministre de l’environnement trouvent chaque semaine un sujet de désaccord public. Quel spectacle ! Le président Hollande a tellement normalisé la fonction que nous ne savons plus très bien ce qu’il fait à l’Elysée.
Démocratie ? Non, c’est une pétaudière [le roi Petault, héros rabelaisien, n’avait aucune autorité, à sa cour chacun faisait comme bon lui semblait]. Il devient urgent de transformer tout cela.

Les mœurs présidentielles sous la Vème République ont nettement évolué : De Gaulle s’adressait à la France, Pompidou à ses compatriotes, Giscard aux françaises et aux français, Mitterrand aux citoyens, Chirac aux électeurs, Sarkozy aux électeurs de droite et d’extrême droite, Hollande, lui président, bavarde avec les journalistes et si, un jour, à la suite de nombreux renoncements démocratiques, Le Pen (quelle que soit la génération) est élu-e, la ’’part inhumaine’’ de l’électeur sera sa première cible.

Il faut arrêter cette descente dans les enfers de la démocratie.

L’exemple européen
Nous pourrions prendre exemple sur les institutions européennes et leur fonctionnement plus démocratique que ce que beaucoup d’observateurs proclament.

• Le Parlement européen est élu au suffrage universel à la proportionnelle. Notre scrutin uninominal à deux tours avec possibilités de triangulaires est la porte ouverte à de nombreux arrangements pas toujours très démocratiques, voir par exemple les allers retours de Sarkozy sur le ‘’ni ni’’, ni PS ni FN.
• Le leader du groupe majoritaire au Parlement devient le Président de la Commission. Il répartit les responsabilités des commissaires comme il l’entend mais chaque commissaire doit être individuellement validé par le Parlement, il arrive que certains commissaires soient récusés par les parlementaires.
• Au conseil européen et au conseil des ministres s’applique un dispositif de majorité qualifiée qui interdit à une majorité d’imposer son point de vue à la minorité et aux petites minorités de prendre en otage la majorité
• Le fonctionnement institutionnel et les conflits éventuels sont régulés par la Cour de justice de l‘Union européenne. Cette Cour à des compétences plus larges et des procédures plus transparentes que celles de notre Conseil constitutionnel

Peut-être que demain cette Europe tant décriée évitera la décomposition de nos états-nations de moins en moins démocratiques.

Benoît Mollaret

Bonus :

Page suivante un extrait de l’édition de MDCCXXXII de Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel de Maître François Rabelais (ce n’est malheureusement pas l’édition originale).

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