02 décembre 2016 ~ 4 Commentaires

Dépôt de bilan

N°27 2 décembre 2016

Dépôt de bilan

Le Président François Hollande vient d’annoncer qu’il ne serait pas candidat lors de la prochaine élection présidentielle.
En cinq minutes il fait le bilan de son quinquennat. Très édulcoré, faut-il l’en blâmer ?
En 2012, Hollande voulait ‘’redresser la France dans la justice’’ puis ‘’réinventer le rêve français’’.
Redresser la France ? Il a commencé, c’est loin d’être fini mais il est allé dans le bon sens. Les déficits ont été réduits (aller plus vite comme il le voulait initialement aurait été une erreur), la dette du pays a augmenté mais elle nous coûte moins cher qu’il y a cinq ans (merci la BCE), les comptes sociaux sont proches de l’équilibre, la production industrielle reprend quelques couleurs (merci au taux du $ et au cours du pétrole). Bien sûr notre taux de chômage à 10 %, comme en 2012, est scandaleusement dramatique mais la courbe a fini par s’inverser.
Dans la justice ? Oui les réformes de Hollande sont allées dans le sens de plus de justice, fiscale avec l’augmentation de l’impôt sur le revenu pour les plus riches (taux marginal à 45 %), avec le doublement (10 % contre 5 %) des assujettis aux droits de succession et la diminution des effets du quotient familial ; sociale avec la retraite à 60 ans contre 62 pour ceux ayant commencé à travailler à 18 ans, avec les complémentaires santé pour tous, avec le maintien des niveaux de remboursement de la sécu ; scolaire avec le renforcement des moyens (pas toujours bien utilisés) de l’école. Depuis 2012 les inégalités ont augmenté partout, sauf en France.
Réinventer le rêve français ? Pas sûr, les Français sont inquiets, frileux, se referment et manquent de confiance en eux. Après les terribles attentats de Charlie, du Bataclan et de Nice qui auraient pu inciter à la colère et à la haine, Hollande a su maintenir la cohésion du pays et ce n’était pas gagné d’avance.
L’euro ? Certains prévoyaient sa disparition. Hollande contre l’avis de Merkel a imposé le maintien de la Grèce dans la zone Euro et, ce faisant, a sauvegardé le pouvoir d’achat des grecs et le nôtre car lâcher Tsipras aurait conduit, via le Portugal ou l’Italie, à tuer l’euro et à nous affaiblir.
La place de la France dans le monde ? Hollande l’a maintenue. L’intervention de nos armées au Mali a été décisive et unanimement saluée. Vers l’est Hollande alliée à Merkel a contenu les ambitions déstabilisatrices de Poutine. Bien sûr il y a le drame d’Alep et l’échec syrien mais l’ami Obama ne nous pas beaucoup aidé …
Hollande ne sera pas réélu, il n’est pas le premier.
Le 1er juin 2017, le job de Président du Conseil européen sera disponible. A-t-il déjà dealé avec Merkel ? Ce serait une fort belle sortie : le culbuto se redresse toujours …

Le drame de la gauche

 Depuis que j’ai le droit de vote la gauche a été au pouvoir quatre fois : Mitterrand 1981, Mitterrand 1988, Jospin 1997 et Hollande 2012. A chaque fois, c’est la même histoire : ça part bien et ça se termine mal, la gauche n’ayant encore jamais réussi à enchaîner deux mandats législatifs consécutifs.
La raison en est très simple : les présidents ou premier ministre socialistes ont été incapables de faire tenir leur majorité pendant cinq ans.
1981 : Mitterrand est élu, soutenu par le parti communiste qui participe au gouvernement avec 4 ministres. Trois ans plus tard, le parti communiste profite du remplacement du premier ministre Mauroy par le jeune Fabius (5 ans de moins que Macron aujourd’hui !) pour quitter le gouvernement. La majorité présidentielle de 1981 arrive à l’élection législative de 1986 sans le PC et perd.
1988 : Mitterrand est réélu, nomme Rocard premier ministre qui pratique l’ ’’ouverture’’ au centre en nommant des ministres situés en dehors du périmètre classique de la gauche. Trois ans plus tard Cresson puis Bérégovoy abandonnent cette ‘’ouverture’’. La majorité sortante qui se présente à l’élection législative de 1993 est réduite et perd.
1997 : La gauche gagne l’élection législative, Jospin devient premier ministre et dirige un gouvernement ‘’gauche plurielle’’ qui comprend écologistes, radicaux, citoyens. En désaccord sur le statut de la Corse, Chevènement démissionne. Lors de l’élection présidentielle de 2002, Jospin a face à lui, outre un candidat écologiste et un candidat communiste, Chevènement et Taubira qui lui grappillent deux millions de voix et l’éliminent dès le premier tour.
2012 : Hollande, lui Président, nomme un gouvernement ou sont représentés les écologistes et (presque) toutes les sensibilités du parti socialiste. Moins de deux ans plus tard, Duflot et les verts profitent du remplacement d’Ayrault par Valls pour claquer la porte ; encore six mois et le trio Montebourg/Hamon/Filipetti abandonne Hollande ; deux ans plus tard c’est au tour de Macron de partir à son tour.
Hollande qui connaît mieux que tout le monde l’axiomatique électorale n’a pas voulu tenter d’infirmer le postulat ‘’Celui qui ne tient pas sa majorité perd la prochaine élection’’. Un ou une autre de ses anciens ministres (Montebourg, Royal, Pinel, Valls, Macron) y arrivera-t-il ?
Au vu des sondages Macron n’est pas le plus mal parti.

Le paradoxe de Macron

 Il y a une dizaine de jours, alors que nous apprenions le décès de Fidel Castro, le dernier grand révolutionnaire du XXème siècle, Macron publie un livre titré Révolution.
C’est un hymne à l’émancipation, à l’énergie, à l’autonomie, à la prise de risque et à l’innovation. En deux mots Macron veut ‘’réconcilier la liberté et le progrès’’. La première étant, de son point de vue, la condition du second.
Pourquoi pas ? Mais Macron ne semble pas avoir compris que le désir de liberté ne peut pas s’imposer et que le besoin de protection et de sécurité est tout aussi important.
Le mot d’ordre ‘’Soyez autonomes !’’ n’a aucun sens. L’autonomie ne peut pas s’imposer à celui qui ne souhaite pas d’autonomie. Les psychologues appellent cela une injonction paradoxale ou une double contrainte. Certaines sont amusantes : ‘’Il est interdit d’interdire’’, d’autres : ‘’Sois grand mon petit’’ peuvent conduire à la schizophrénie.
Bien sûr Macron n’est pas bête et a senti aussi le désir de protection des Français. Il y consacre un chapitre entier de Révolution, ‘’Protéger les Français’’ mais son tropisme libéralo-libertaire le rattrape au bout de vingt lignes : ‘’Le rôle premier de l’Etat est de protéger la liberté de chacun.’’ Certainement, mais encore et toujours la liberté ! Il aurait pu (du ?) écrire dans ce chapitre ‘’La première liberté des Français est d’être protégés par l’Etat.’’
Si il veut être présent au second tour de l’élection présidentielle puis succéder à Hollande, Macron a certes besoin de convaincre les 10 ou 15 % de Français qui souhaitent plus de libertés mais aussi les autres, bien plus nombreux, qui aspirent, et ce n’est pas moins noble, à plus de protections et de sécurités.

Après le dépôt de bilan de Hollande, le redressement de la gauche, j’y inclus Macron, est nécessaire car sans redressement ce sera la liquidation. Il nous reste deux mois à peine pour l’organiser.
Nous sommes le 2 décembre, jour anniversaire de la bataille d’Austerlitz. N’oublions jamais les leçons de l’histoire. Comme Napoléon à Austerlitz, la gauche est minoritaire, mais, comme Napoléon à Austerlitz, la gauche gagnera si elle sait imposer à l’adversaire le champ de bataille et les thèmes de campagne : la défense du modèle social français.

Benoît Mollaret

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4 Réponses à “Dépôt de bilan”

  1. D’accord avec toi pour le CICE. Encore que, pourquoi le lier à des investissements ? Par contre, que le premier bénéficiaire en soit La Poste est un pur scandale. Et il doit y en avoir d’autres qui n’en ont pas besoin. Il faudrait vraiment des dispositions qui s’appliquent à 95% des salariés c’est à dire aux entreprises de moins de XX salariés. Je laisse les spécialistes décider SI XX est de 20, 50, 500 ou 1000 etc.

  2. Benoit. J’aime bien tes chroniques. Elles sont souvent réfléchies et bien argumentées. Mais là, ne me dis pas que tu crois ce que tu écris. Non la France ne va pas mieux. Les entreprises sont toujours plus contraintes. Une bonne chose, le CICE. Mais il fallait en faire une vraie baisse de chargé et pas une mesurette susceptible de disparaître du jour au lendemain. La loi travail mise en avant ? Elle ne s’applique malhyqu’aux grosses entreprises, 95% sont exclues de tous ses avantages de par leur structure. C’est malheureux mais nous sommes depuis longtemps gouvernés par des gens qui ne connaissent rien à l’industrie ni à l’entreprise pour ne jamais y avoir mis les pieds, sans parler d’y avoir travaillé un jour. Ont-ils jamais travaillé d’ailleurs ? Hollande non, mais il n’est pas le seul. Mais ce quinquennat est le pire mandat depuis longtemps. Sans parler des confidences faites aux journalistes. Aucun discernement pour les obligations liées à la fonction. Macron ? Un pur produit du système qui en plus de la joie people, ce dont les gens ont assez. Mais c’est plus fort que lui. Et démagogue en plus. Alors qui ? En tout cas à gauche personne de crédible.

    • Hello Bernard.
      Le CICE est une bonne chose à 25 %, il fallait le concentrer sur les entreprises qui investissent en France. Effectivement la loi travail est positive pour les grandes entreprises et inapliquables voire dangeureuse dans les petites.
      Je dis que le redressement a commencé et qu’il n’est pas fini…
      Je mets à l’actif de Hollande 1) la préservation du modèle social français, 2) le maintien de l’unité du pays aprés les attentats, 3) le maintien de la Grèce dans l’euro sans quoi tout le système aurrait explosé.
      Son bouquin est effectivement désastreux et l’a coulé.
      Macron ? A mon avis il ne voit que la moitié des problèmes.
      A suivre.

  3. Je pense que le seul qui peut representer un changement c est Macron la primaire de gauche va accoucher d un hollande bis qui n aura aucune chance face a fillon, Macron semble le seul a pouvoir rassembler ceux qui veulent du nouveau, a lui de bien manoeuvrer


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