19 décembre 2016 ~ 3 Commentaires

Macron ? Du lourd et du solide

N°29 18 décembre 2016

Du lourd et du solide

Depuis huit mois et la création du mouvement En Marche de nombreuses critiques s’abattaient sur Macron : ‘’il est seul’’, ‘’c’est un ancien banquier’’, ‘’il a trahi Hollande’’ et surtout, commentaire auquel j’adhérais, ‘’il n’a pas de fond’’, ‘’il ne propose rien’’.
Depuis samedi dernier ce dernier commentaire tombe. Macron a tenu un discours devant 10 à 15 000 de ses partisans dans lequel il a envoyé du lourd, du lourd et du solide.

La presse présente Macron tantôt comme une bulle qui finira bien par exploser ou comme une fusée qui n’a toujours pas décollé. Depuis une semaine, les commentaires ont changé, la bulle n’a pas explosé et la fusée a décollé ; Macron a très clairement solidifié sa candidature à l’Elysée en présentant un projet économique et social tourné vers le travail, sa ‘’première bataille’’ sera contre le chômage. Renvoyant dos à dos la droite qui présenterait des mesures ‘’efficaces mais injustes’’ et la gauche qui serait ‘’juste mais sans efficacité’’, Macron veut réconcilier ‘’la liberté et le progrès’’, ‘’l’efficacité et la justice’’, ‘’la réussite du pays et la réussite de chacun’’. Et maintenant il dit ce qu’il compte proposer et faire s’il est élu.

Sa première arme dans la bataille économique et sociale pour l’emploi est la réduction du coût du travail. Il assume le CICE et propose de le transformer en un allègement permanent du coût du travail pour toutes les entreprises — petites, moyennes ou grandes –, pour les indépendants et pour les associations. Il souhaite que le cadre social et fiscal des entreprises soit ‘’clair, stable et lisible’’.
L’extension du CICE aux entrepreneurs indépendants et aux employeurs associatifs est une excellente mesure ; Valls et Hollande les avaient un peu oubliés alors qu’ensemble ils représentent plus de 20 % des emplois.

Macron reprend complètement à son compte le principe de fond de la loi travail El Khomri : ‘’le dialogue social doit être organisé au plus près de l’entreprise’’. ‘’La loi doit s’adapter aux réalités et permettre de la souplesse’’. Macron propose que la loi réaffirme la durée légale du travail à 35 h, définisse le niveau minimal de salaire et soit intransigeante sur l’égalité salariale femmes/hommes. Pour le reste il souhaite renforcer les négociations au niveau des branches professionnelles et des entreprises qui doivent se conclure par des accords majoritaires. Macron, en bon rocardien, privilégie le contrat par rapport à la loi.

La troisième grande mesure de Macron est plus originale quoique reprise du quinquennat de Jospin : le transfert de cotisations sociales salariales vers la CSG. Macron propose de supprimer toutes les cotisations salariales (ce qu’il en reste) maladie et chômage et de les remplacer par une augmentation du taux de CSG. De mon point de vue c’est l’exemple type de mesure juste et efficace.
L’analyse de Macron est la suivante : autrefois (un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître) le chômage était un risque, un aléa dont on pouvait se protéger avec une assurance individuelle. Aujourd’hui, pour beaucoup de français, dans certaines familles, dans certains quartiers, le chômage n’est plus un aléa, c’est devenu une certitude ; s’en protéger par une assurance n’a plus de sens. Il propose donc que les indemnités chômage ne soient plus financées par des cotisations ni salariales, ni patronales mais par la solidarité nationale via la CSG. ‘’Aujourd’hui en France les risques sociaux sont financés par le travail’’ mais le travail, notre travail est concurrencé par ‘’des robots ou par des pays low cost sans protection sociale’’, il est donc nécessaire de ‘’modifier notre système de financement’’.
Cette mesure aura deux conséquences que Macron affirme et revendique clairement :
• ‘’le travail paiera mieux’’ et les salariés, les indépendants et les fonctionnaires verront leur pouvoir d’achat augmenter de ‘’500 € par an pour un couple au SMIC’’
• ‘’je demanderai des efforts aux revenus du capital, + 1,7 % (de CSG en plus) ça n’est pas énorme et aux 50 % des retraités les plus aisés’’ (ceux qui perçoivent une retraite annuelle supérieure à environ 15 000 €)
Dans la bouche de Macron, la défense du travail et d’un travail qui paye mieux est clairement une critique indirecte des propositions de revenu universel dont il est à l’évidence très éloigné.

Macron propose ensuite de poursuivre la décentralisation en donnant plus de pouvoirs et de responsabilités aux élus et en déconcentrant vraiment les services de l’Etat. Il met en avant l’exemple de la métropole lyonnaise qui, sur son territoire, a repris toutes les compétences du département et propose de le généraliser : ’’là où il y a une métropole les départements disparaîtront’’ et les départements seront maintenus sur les autres territoires. La structure politico-administrative doit s’adapter à la réalité de chaque territoire. Macron est un hyper-girondin : que chaque territoire s’organise comme il le souhaite.

Pour Macron cette simplification territoriale (que Valls a tenté puis abandonné face aux baronnies provinciales) doit être accompagné par un renforcement de la déconcentration des services de l’Etat qui passe par ‘’l’autonomie des universités, des établissements scolaires, des hôpitaux et des agences régionales de santé’’. Là ça commence à être révolutionnaire. Macron veut libérer les fonctionnaires du carcan administratif, ‘’il faut que les fonctionnaires aient le pouvoir de faire’’ affirme-t-il. ‘’Je suis fier de la fonction publique mais il faut la libérer’’. Macron va même jusqu’à proposer à l’administration de passer d’une fonction de ‘’contrôle et sanction’’ à une fonction de ‘’conseil et accompagnement’’

Le jeune ancien ministre affirme clairement que la première mission de l’Etat est de protéger les citoyens. Comme nombre de ses concurrents il propose de renforcer les effectifs de police et de gendarmerie (+ 10 000 en trois ans), de supprimer les formalités inutiles, de simplifier le travail des forces de l’ordre, de renforcer le renseignement de terrain et de revenir à la police de proximité du temps de Chevènement.

Mais la protection des citoyens n’est pas que sécuritaire, elle passe aussi par la création de boucliers sociaux.
Pour Macron le premier bouclier social est l’éducation, il souhaite ‘’faire plus là où il y a le plus de besoins’’ et propose de dédoubler les classes dans les secteurs ou cela est nécessaire. Là aussi c’est une mesure juste et efficace que les trois ministres de l’Education de Hollande auraient été bien inspirés de mettre en place.
Le deuxième bouclier est sanitaire. Macron revendique ‘’l’accès à la santé pour tous’’ en faisant (facilement) huer Fillon qui a gagné la primaire de la droite en promettant la fin de la Sécu. Pour Macron le système de santé français n’est ni juste ni efficace, il est un des seuls à oser affirmer ‘’nous avons un excellent système de soins mais un très mauvais système de santé’’ ; il promet de faire plus (ce n’est pas difficile) pour la prévention et de ne procéder à aucun déremboursement.
Le troisième bouclier est celui de la formation continue face au chômage. Macron considère que la formation est un devoir de la puissance publique et que, face à ce droit à être formé et reformé si besoin, les citoyens ont le devoir d’accepter les emplois pour lesquels ils ont été formés. Macron propose aussi la création d’un nouveau droit le ‘’droit à la mobilité professionnelle’’ qu’il propose de rendre opérationnel et effectif de la façon suivante : tous les cinq ans chaque salarié aura le droit de démissionner de son emploi avec la garantie d’être indemnisé. Il voit deux avantages à ce nouveau dispositif : diminuer la souffrance au travail car de nombreux salariés en souffrance n’ont souvent pas d’autre choix que de rester à leur place en serrant les dents et désengorger les tribunaux prudhommaux car les petits conflits du travail seraient ainsi traités plus rapidement par la démission indemnisée. Macron propose aussi, et c’est vraiment nouveau, que salariés, indépendants et entrepreneurs aient les mêmes droits à indemnisation chômage financés par la nouvelle assurance universelle qu’il souhaite créer.

Le candidat ose terminer son meeting par l’Europe. L’Europe qui est le seul bouclier possible contre les trois difficultés majeures à venir ‘’le climat, le terrorisme et immigration’’. Sur ces trois sujets Macron affirme, avec raison, que les solutions ne peuvent être qu’européennes.
Macron souhaite une lutte européenne ‘’contre le terrorisme et ceux qui bafouent les droits de l’homme’’.
Il veut créer ‘’un marché unique numérique européen’’ pour aider à la création d’un GAFA européen.
Il défend aussi un ‘’marché unique européen de l’énergie’’ et entrevoit une taxe carbone aux frontières du continent, mesure qui devrait avoir le soutien des écologistes, des souverainistes et des partisans du ‘’made in France’’, ainsi que de vraies politiques industrielles et commerciales européennes.
Pour Macron l’Europe doit être à la fois ‘’un bouclier et une identité’’, il cite dans la même phrase Mitterrand ‘’le nationalisme c’est la guerre’’ (1995) et Schuman ‘’l’Europe doit être une communauté culturelle’’ (~ 1950) et 15 000 personnes se lèvent pour acclamer et Macron et l’Europe. Rafraichissant. Macron est le seul candidat à l’élection présidentielle qui n’a pas participé au référendum de ratification du traité de Maastricht (1992) mais il est celui qui a le mieux compris le projet européen et qui en parle le mieux. Rien que pour cela ça vaut le coup de l’écouter.

J’ai déjà écrit que le CICE était une mesure coûteuse et mal calibrée car bénéficiant à toutes les entreprises même celles qui ne créent ni compétitivité ni emplois mais il est difficile de revenir en arrière. J’adhère à toutes les propositions exposées par Macron.
Il reste encore quelques zones ombragées dans son projet : quel macro équilibre pour les finances publiques ? quels rôles pour la France dans le monde ? quel développement durable souhaite-t-il ? quelle fiscalité pour l’énergie ? quelle solidarité avec les pays du sud ? quel effort pour la recherche ? quels investissements pour l’avenir ?

Mais la principale question est celle du débouché politique de cette ébauche de projet que je considère comme solide. Vu la façon dont le secrétaire du PS a refusé à Nouvelle Donne et à son représentant Larrouturou (la semaine de 4 jours) sa participation à la primaire de la gauche il est compréhensible que Macron ait refusé d’y participer. Qu’on le veuille ou non les propositions de Macron qui se veut ni à gauche ni à droite sont plus de gauche que de droite. Il ne lui reste qu’une seule solution : une OPA (amicale ou inamicale, les prochains mois le diront) sur le PS et ses électeurs. Pour un ancien banquier d’affaires, cela devrait être facile.

Benoît Mollaret

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3 Réponses à “Macron ? Du lourd et du solide”

  1. Benoit a manifestement choisi son champion. Il faut dire qu’il n’y a pas grand chose d’autre dans la sphère issue de la gauche.
    Beaucoup de choses intéressantes en effet, mais qui ressemblent à ce stade plus à une vision qu’à un réel programme. Il faut voir. Beaucoup ont déjà eu des programmes ambitieux. Beaucoup de choses ressemblent à des propositions existantes et il en manque encore beaucoup. Si tu pouvais nous faire la même exégèse pour tous les programmes sérieux proposés à ce jour, ce serait bien. Je parle bien d’analyses objectives, pas journalistico-buzzique pour faire de l’audience en racontant tout et son contraire. je ne sais pas comment tu trouves le temps.

    Et dernier commentaire, je trouve en effet que 15000€ c’est peu. Ce n’est parce que c’est la moyenne qu’il faut prendre cela comme seuil.

  2. Tu parles de retraités aisés avec 15 000 € par an. C’est pourtant pas très fort !


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