13 janvier 2017 ~ 4 Commentaires

Le travail et les travailleurs

N°32 6 janvier 2017

Le travail et les travailleurs

Le pouvoir d’achat, les revenus, les impôts, le travail seront, comme souvent mais de façon un peu plus intense que lors des éditions précédentes, les thèmes majeurs de la prochaine campagne électorale.
Les slogans s’envolent : ‘’Je suis le candidat du travail et du pouvoir d’achat’’ (Valls), ‘’Aller vers une société qui donne du travail et une société aussi qui rémunère le travail’’ (Valls encore), ‘’Je suis le candidat du travail et de la feuille de paie’’ (Montebourg), ‘’Permettre à chacun d’accéder à un emploi de qualité et de vivre de son travail’’ (Peillon).
Deux candidats sont particulièrement actifs sur ce sujet Mélenchon et Macron. Macron comme ses anciens collègues ministres parle beaucoup du travail tandis que Mélenchon parle, lui, plus des travailleurs. Entre les deux les différences sont parfois franches, parfois ténues et pas toujours là où on les attend.
Les citations qui suivent sont toutes issues de L’avenir en commun (JLM) et de Révolution (EM).

Sur le travail générateur de revenus les points de départ sont voisins :
‘’Aujourd’hui un salarié au SMIC gagne à peine plus que le seuil de pauvreté. Et encore, à condition d’avoir un emploi à temps complet et non un temps partiel. Le travail est la source de la création des richesses, les travailleurs doivent obtenir leur dû. Leur dignité et leur droit à l’existence doivent être garantis.’’ (JLM)
‘’Il y a tous ceux qui ne parviennent plus à vivre de leur travail, comme de trop nombreux agriculteurs ou les travailleurs réduits au temps partiel. Nous devons défendre le niveau de vie des actifs … C’est une affaire de dignité.’’ (EM)
Même objectif, le pouvoir d’achat, même valeur, la dignité. Mais Macron va plus loin et retrouve des accents socialistes d’il y a plus d’un siècle : ‘’La politique doit renouer avec la promesse d’émancipation : choisir sa vie. Mais pour choisir sa vie il faut d’abord pouvoir vivre de son travail.’’ Et il dit comment faire ‘’Je propose de réduire les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants. Cela permettra d’augmenter les salaires nets sans alourdir le coût du travail ni détériorer la compétitivité de l’emploi.’’ Alors que Mélenchon se contente de proposer ‘’d’augmenter le SMIC net mensuel de 16 % ‘’ sans la moindre préoccupation pour la compétitivité des entreprises et en ne s’intéressant qu’aux salariés.

Vis-à-vis du chômage les approches sont sensiblement différentes, classiques pour Mélenchon, plus innovantes pour Macron :
‘’La réduction du temps de travail est un objectif particulièrement pertinent en ces temps de révolution technologique. C’est la politique la plus juste, la plus efficace et la moins coûteuse contre le chômage. Je propose une 6ème semaine de congés payés pour tous les salariés et la majoration des heures supplémentaires de 25 % de 35 à 39 h et de 50 % au-delà.’’ (JLM)
‘’Nous ne pouvons pas promettre la «sécurité de l’emploi » dans un monde ou les mutations technologiques rendent certains métiers obsolètes et en suscitent d’autres. Nous ne pouvons pas promettre que chaque poste sera en permanence intéressant et productif, car cela n’a jamais été le cas. Il y a deux choses que nous pouvons garantir : que l’on puisse évoluer d’un métier à l’autre et que l’on soit protégé face à la perte d’emploi. Ce ne sont pas les emplois qu’il faut protéger et défendre mais les travailleurs. ’’ (EM).
Pour arriver au plein emploi Macron propose une refonte complète de la formation professionnelle, ‘’une véritable révolution’’ pour permettre la création de nouveaux droits, ‘’le droit à la mobilité professionnelle’’ pour tous et le droit à l’indemnisation chômage qui sera ‘’également ouverte aux indépendants, commerçants et artisans, surtout au moment où la différence entre salariat et travailleur indépendant s’estompe dans la nouvelle économie de services. Le financement reposera sur l’impôt et le plafond des indemnités aujourd’hui de près de 7000 € par mois sera revu à la baisse.’’
Mélenchon propose de créer ‘’le « droit opposable à l’emploi » en faisant de l’Etat l’employeur en dernier ressort en cas de chômage de longue durée.’’

Pour la retraite encore les différences sont plus que marquées, retour à 1981 pour Mélenchon (alors que l’espérance de vie aura augmenté de 10 ans entre 1981 et 2022), adaptation aux réalités d’aujourd’hui pour Macron :
‘’L’argent existe pour financer les retraites. Nous proposons la retraite à 60 ans à taux plein. Revaloriser les pensions de retraite au niveau du SMIC pour une carrière complète.’’ (JLM)
‘’Afin d’encourager les transitions professionnelles, le système de retraite doit être plus simple et plus lisible. Les différents régimes doivent être rapprochés … afin de construire progressivement un régime universel de retraite. La retraite ne doit pas dépendre du statut du travailleur, salarié, indépendant ou fonctionnaire mais de la réalité de son travail. C’est sur cette base que la question de la durée de cotisation doit être posée et non de manière uniforme … car les droits à la retraite différent sensiblement, à métier égal, selon les statuts dont on a bénéficié.’’ (EM)

Sur d’autres points : l’égalité salariale femmes/hommes, le soutien à l’Economie Sociale et Solidaire, la mobilisation de l’épargne en faveur des PME, Mélenchon et Macron ont des analyses et des propositions voisines.

Sur d’autres sujets, la loi Travail dite ‘’El Khomri’’ par exemple, l’opposition est frontale :
‘’Il faut abroger la loi El Khomri’’ (JLM). Mélenchon ne lui trouve aucun élément positif.
Macron la défend clairement et vigoureusement : ‘’Se battre pour que chacun puisse vivre de son travail, c’est aussi permettre aux acteurs économiques de faire face aux changements. Or le législateur ne peut pas les prévoir tous. Commet penser que l’on peut régir de la même manière les secteurs de l’agriculture, du luxe, de l’artisanat et de la communication ? Pourtant, en matière de travail, nous continuons de tout organiser par la loi. Pour pouvoir réussir dans une économie de la connaissance et de l’innovation, il faut pouvoir adapter son organisation. Pour pouvoir offrir aux salariés le meilleur compromis social possible, selon la conjoncture économique et selon les impératifs du secteur, il faut ouvrir davantage de possibilités à la négociation et au dialogue. Nous avons sur ce sujet des règles trop nombreuses et trop rigides, définies par la loi et homogènes pour toutes les entreprises et tous les secteurs. Cela n’a pas de sens.’’ (EM). Voilà pour le diagnostic.
Les propositions sont tout aussi claires :
‘’Notre code du travail doit définir les grands principes avec lesquels nous ne voulons pas transiger : l’égalité homme-femme, le temps de travail, le salaire minimum. Renvoyons à la négociation de branche et, en second ressort, à la négociation d’entreprise, la responsabilité de définir, par accord majoritaire, les équilibres pertinents et les protections utiles … en faisant confiance à l’intelligence des parties.’’ (EM)
Et Macron, bien convaincu des faiblesses du dialogue social en France car les ‘’syndicats sont parfois trop faibles, parfois trop peu représentatifs’’ propose de ‘’ donner aux syndicats les moyens de la négociation et de renforcer leur légitimité. Nous instaurerons donc … un mécanisme clair de financement, par lequel les salariés orienteraient des ressources, abondées par l’entreprise, vers le syndicat de leur choix.’’ Excellente mesure (que Mélenchon ne propose pas mais pourrait soutenir), pourquoi n’a-t-elle pas été incluse dans la loi Travail ?

Avec Mélenchon et Macron nous avons deux ’’politiques du travail’’ de gauche nettement différenciées. Et les autres ? Les cinq anciens ministres de Hollande : Valls, Montebourg, Hamon, Peillon et Pinel ont sur tous ces sujets (travail, emploi, retraite, chômage, dialogue social) des analyses et des propositions qui se situent entre ces deux extrêmes.

Sur tous ces sujets sauf un : le revenu universel. Hamon se distingue de ses amis et concurrents en défendant un ‘’revenu universel, nouvelle protection sociale’’ pour tous sans autre condition que celle d’exister. Le débat est lancé, il durera longtemps, d’une part à cause du coût d’une telle mesure (15 à 20 % de la richesse nationale) mais aussi par la révolution sociétale que ce revenu universel entraînerait : plus besoin de travailler pour avoir des revenus ! Instaurer le revenu universel c’est, en effet, mettre à bas plus de 3000 ans d’histoire. Notre civilisation judéo-chrétienne s’est construite autour de cette phrase issue des premières pages de la Bible (Genèse 3-19) : ‘’C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain’’ dit Dieu à Adam et Eve.

Pourquoi Hamon et d’autres relancent-ils aujourd’hui cette vieille proposition née d’il y a 500 ans ? Leur analyse porte sur deux points, un diagnostic erroné et une observation juste.
Ils considèrent, à tort, que, à cause des évolutions technologiques, le plein emploi est inatteignable, que la numérisation du monde (encore devant nous) va accroître le chômage à l’avenir et donc que le revenu universel permet de s’adapter à un monde dans lequel une fraction de plus en plus petite de la population en âge de travailler produira l’ensemble des richesses et sera rémunérée pour cela. L’idée selon laquelle les robots et machines numériques multi-connectées pourraient produire à notre place des richesses que nous pourrions nous répartir est une plaisanterie : les machines ne font que restituer sous forme de produits ou de services le travail et l’intelligence humaine qui a été utilisée pour les concevoir et les fabriquer, ni plus ni moins.
Ils observent aussi, ce qui est malheureusement juste et de plus en plus fréquent, que beaucoup ‘’aspirent à moins travailler car le travail les broie … ne leur permet pas un revenu qui donne de quoi vivre … ne laisse pas suffisamment de temps à consacrer à ses enfants.’’
Ni Mélenchon ni Macron ne défendent ce revenu universel.
‘’Nous proposons une allocation d’autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans, d’une durée de trois ans, sous réserve d’une formation qualifiante et sous condition de ressources. L’autonomie est un droit, l’Etat doit la rendre possible !’’ (JLM)
‘’Je ne crois pas au discours sur la « fin du travail ». En réservant l’emploi aux plus productifs, en assumant de rejeter une partie de la population dans les fossés de l’ «inutilité » économique, ils ont toujours sonné à mes oreilles comme une défaite éclatante de la plus belle promesse de la République, celle de l’émancipation pour tous. Je crois au travail, comme facteur d’émancipation, comme vecteur de mobilité sociale. Et je ne crois pas que certaines personnes ont vocation … à subsister en marge de la société sans autres perspectives que de consommer le maigre revenu qu’on leur consent.’’ (EM)

Les différentes transitions qui sont devant nous, écologique, démographique, technologique, territoriale, … nous obligent à imaginer de nouvelles solidarités, de nouveaux droits, de nouvelles protections. En voici quelques-unes proposées par les uns ou par les autres qui devraient être au cœur du contrat social qu’un prochain Président de la République pourrait proposer au pays :
• droit à la mobilité professionnelle
• droit à la formation professionnelle
• droit à la mobilité géographique
• droit à l’autonomie pour les jeunes et les autres
• droit à indemnisation chômage pour tous, salariés, artisans, commerçants, indépendants, …
• système universel et à la carte pour la retraite
• modulation de la durée du travail en fonction de sa pénibilité
• droits personnels et non statutaires à la formation, l’ancienneté, la retraite, …
• droit à la dignité par un revenu minimum (impôt négatif) pour atteindre le seuil de pauvreté
• droit à l’accès aux services en réseau (eau, énergie, téléphone, transports, …) pour tous

J’attends de Mélenchon, de Macron et des quatre mousquetaires d’hier soir qu’ils nous proposent leur vision de ce nouveau contrat social et de son financement.

Bien évidemment certains de ces droits sont universels, de base, d’autres ne peuvent être revendiqués qu’en consentant à certains devoirs, ce sera l’objet d’une prochaine chronique.

 

Benoît Mollaret

4 Réponses à “Le travail et les travailleurs”

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  2. Bonjour Benoit, merci d’abord pour ton travail que je découvre.
    Les propositions de Macron sont pertinentes dans certains domaines, tant mieux! Mais il reste dans la logique de la concurrence, de la compétition et du libre échange. Les énormes enjeux du monde actuelle demandent d’autres réponses. Une véritable transition écologique et humaine! donc une transformation de notre système de production qui ne peut se réaliser quand mettant fin à l’accumulation délirantes des richesses par le système financier libéral. La reprise par la collectivité, l’état, des capacités de choix et de décision concernant le bien commun. Seul Mélenchon défend aujourd’hui un projet positif et réaliste ! Avec un programme qui ne demande qu’à s’enrichir de la réflexion et des apports de chacun. Nous avons besoin d’inventer une réorganisation de la société humaine. C’est un courant qui s’affirme à travers la planète. Saisissons en France l’occasion historique de reprendre en main notre destinée! Pour mieux comprendre ce que propose Mélenchon et le mouvement la « France insoumise », il est intéressant, en plus de la lecture du programme, d’écouter les retransmissions de ses meetings. Cette orientation appelle la société dans son ensemble à réfléchir et s’accaparer les moyens de cette transformation.
    En toute Amitié
    Eric Sicard

    • Bonjour Eric,
      Merci pour ton commentaire.
      Je m’étais ammusé à essayer de comparer les deux extrêmes au sein de la gauche (j’en ai une conception large).
      Sur le fond Macron passe totalement à coté de la transition énergétique et écologique et, de mon point de vue, Mélenchon oublie la nécessaire solidarité européenne.
      Mais depuis deux jours entre ces deux extrêmes il y a Hamon qui n’oublie ni l’écologie, ni l’Europe.
      Bien à toi.
      Benoît.

      • En effet, il y a Hamon, on attends de savoir ce qu’il propose, pour l’instant c’est assez flou. Ce qui interressant avec Melenchon c’est que son programme auquel ont participé des milliers de personnes pendant des mois est très abouti.
        Sur la question de l’europe Melenchon est clair. il faut sortir des traités Européens actuels car nous avons besoin d’un investissement massif pour s’engager dans la transition écologique et parcequ’il faut sortir du systéme commercial actuel qui fait voyager de façon complétement irresponsable les marchandises à travers la planéte.
        A suivre…
        eric


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