18 février 2017 ~ 0 Commentaire

Electeurs et électrons

N°36 15 février 2017

Electeurs et électrons

Qu’il semble loin le temps, 10 ans !, où les deux finalistes de l’élection présidentielle en mai 2007, Royal et Sarkozy, se disputaient, en direct à la télé, sur la part du nucléaire dans l’énergie consommée en France. Ils se trompaient tous les deux confondant allègrement énergie totale et énergie électrique. En 2017, réchauffement climatique aidant, les déclarations et propositions des différents candidats à l’élection présidentielle sont (entre un peu et nettement) plus solides et documentées qu’il y a dix ans.

Avec les chiffres de 2015 l’état des lieux de la consommation d’énergie en France est le suivant : la consommation finale d‘énergie est de 1830 TWh (T = Tera = un million de million) dont 260 TWh sont d’origine renouvelable (14 %), 350 TWh d’origine nucléaire (19 %) et le reste (67 %) d’origine fossile. En 2016 l’énergie électrique consommée en France est à 76 % d’origine nucléaire, exactement au même niveau qu’il y a 10 ans … et à 20 % d’origine renouvelable, un peu plus qu’il y a dix ans.

Les débats pré-présidentielles portent sur deux questions ? Quel % d’énergie d’origine renouvelable en 2025 et 2050 ? A quel rythme faut-il sortir du nucléaire ?

Que répondent nos quatre candidats en – - – on ?

Mélenchon in ‘’L’avenir en commun’’ est celui qui est le plus clair et le plus complet à défaut d’être le plus convaincant, il propose : ‘’la fermeture immédiate des deux réacteurs de Fessemheim’’, la non-prolongation des réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans’’, ‘’l’abandon du projet d’EPR à Flamanville’’, ‘’l’abandon des projets d’enfouissement des déchets nucléaires’’ pour arriver à ‘’100 % d’énergie renouvelables en 2050’’.

Hamon in www.benoithamon2017.fr est encore très succinct avec un seul ‘’Objectif de 50% d’énergies renouvelables dès 2025’’ et une mesure : ‘’Je créerai une aide pour permettre aux citoyens de s’équiper en matériel de production d’énergie renouvelable domestique’’.

Macron propose d’arrêter durant le quinquennat toutes les centrales électriques à énergie fossile et de ne plus accorder de nouveaux permis de recherche ou d’exploitation d’hydrocarbures, confirme l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim et reprend à son compte l’engagement de Hollande de 2012 d’avoir 50 % d’électricité renouvelable en 2025 en reconnaissant qu’il faudra beaucoup investir pour y arriver.

Quant à Fillon (www.fillon2017.fr) qui a écrit plusieurs pages sur le sujet il est clairement le plus ‘’nucléocrate’’ des quatre et propose : ‘’prolonger avec l’accord de l’ASN l’exploitation des centrales nucléaires existantes de 40 à 60 ans’’, ‘’stopper la fermeture de Fessenheim’’, ‘’renforcer les études sur les réacteurs de 4ème génération qui permettront (permettraient NDLR) de régler le problème des déchets qui seront alors recyclables’’ ; pour les énergies renouvelables il propose de ‘’supprimer les aides dont bénéficie l’électricité éolienne ou photovoltaïque à travers l’obligation d’achat à un prix garanti supérieur au prix du marché pour environ 5 Milliards d’euros par an.’’

Que penser de ces engagements ?

Fillon s’en remet au seul marché pour la croissance des énergies renouvelables. C’est vrai que les évolutions technologiques et les courbes d’apprentissage tendent peu à peu à rapprocher le coût de production des énergies renouvelables de celui des énergies fossiles et nucléaire mais le marché est lent. Pour diminuer nos émissions de CO2 (pour l’Europe l’objectif est une division par 10 avant la fin du siècle) à un rythme compatible avec nos engagements internationaux les propositions de Fillon sont insuffisantes.

Les trois autres nous proposent des objectifs que l’on peut qualifier d’ambitieux, d’agressifs ou d’irréalistes.

Maintenir la décision de fermer les deux réacteurs de Fessenheim après la mise en service du nouveau réacteur EPR à Flamanville (en 2019 ?) est raisonnable, la seule conséquence sera la diminution de nos exportations d’électricité nucléaire vers l’Italie, l’Espagne, … qui sont assez juteuses pour EDF. Le solde de nos échanges extérieurs d’énergie électrique (exportations – importations) c’est 10 % de la production de nos 58 réacteurs nucléaires, en arrêter 2, ne changera pas grand-chose …

La proposition de Macron d’arrêter toute production d’électricité à partir d’énergie fossile est assez ambitieuse car les centrales à charbon (ou il y en a encore en France !) et à fuel sont utilisées à la fois pour faire face à des effets de pointe (argument de EDF et RTE) et aussi (EDF ne le dit pas vraiment) pour exporter. Jeudi 16 février le système électrique français a produit plus de 50 GWh d’électricité à partir de charbon et de fuel et en a exporté trois fois plus ! EDF brûle du charbon, émet des millions de tonnes de CO2 par an, émet des milliers de tonnes de particules fines qui nous rendent malades pour vendre des kWh à nos voisins étrangers. Il faut arrêter cela le plus tôt possible, c’est même beaucoup plus urgent que d’arrêter les deux réacteurs alsaciens dont l’ASN nous dit qu’ils peuvent encore fonctionner correctement …

Que penser de l’objectif (Hollande 2012 et Macron 2017) d’avoir au maximum 50 % d’électricité d’origine nucléaire en 2025 ? Sous l’effet d’une croissance faiblarde et de l’efficacité énergétique la a consommation d’énergie en France baisse légèrement mais la consommation d’électricité est stable et le restera. Passer de 75 % à moins de 50 % d’électricité d’origine nucléaire signifie faire passer l’électricité d’origine renouvelable de 20 % à 50 % du total. En 9 ans ? En doublant le rythme de croissance de la production d’électricité renouvelable nous pourrions monter à 30 %, éventuellement à 35 % si il pleut beaucoup et que les barrages sont bien remplis. 50 % d’électricité renouvelable en France en 2015 est un scénario illusoire. Même l’association Négawatt (www.négawatt.org), dont le scénario (solide et charpenté) est le plus agressif de tous, en faisant l’hypothèse (à laquelle je ne crois pas) d’une baisse (- 20 % en 10 ans) de la consommation d’énergie électrique, ne prévoit que 43 % d’électricité renouvelable en 2025 ce qui correspond à ma prévision de 35 % à consommation constante.

L’objectif de Macron de 50 % d’électricité renouvelable en 2025 ne sera pas atteint mais nous allons nous en rapprocher. Quant à l’objectif de Hamon d’avoir 50 % d’énergie renouvelable en 2025, il est totalement hors de propos, c’est totalement impossible ; même le scénario Négawatt (très très ambitieux) ne prévoit que 28 % en 2025. Je pense que, comme beaucoup d’autres, Hamon a encore confondu énergie électrique et énergie totale … Vivement que Jadot lui explique la différence.

L’objectif Mélenchon de 100 % de renouvelable en 2050, il reprend totalement à son compte le scénario Négawatt, est moins irréaliste que 50 % en 2025 mais n’est atteignable qu’avec une croissance du PIB voisine de zéro. Négawatt et Mélenchon arrivent à 100 % de renouvelable (toutes énergies confondues) en 2050 grâce à une division par deux de notre consommation énergétique totale. Pour y arriver l’efficacité énergétique (je consomme moins pour produire la même chose) n’y suffira pas, ils y ajoutent un énorme effort de sobriété (moins de déplacements, moins de gadgets, des écrans plus petits, …) qui ne me paraît ni possible ni même souhaitable.
D’autre part ce 100 % de renouvelable en 2050 qui correspondrait à zéro émissions nettes de CO2 à cette même date n’est pas vraiment nécessaire pour arriver au + 2°C de réchauffement climatique de la COP21. En bref le scénario Négawatt de 100 % de renouvelable en 2050 est intéressant pour explorer le champ des possibles mais il est inutilement agressif et ne peut donc être un objectif politique responsable. Il est par ailleurs plus agressif sur la sortie des énergies fissiles en 2035 que sur celles des énergies fossiles en 2050, le contraire serait plus pertinent.

Un programme de transition énergétique ambitieux et réaliste pour la France devrait conduire à sortir des énergies fossiles et des énergies fissiles à peu près à la même date dans cinquante/soixante ans avec les actions suivantes :
• Mise en service du réacteur EPR de Flamanville mais ce sera le dernier
• Arrêt immédiat, sauf en secours, des centrales à charbon et à fuel, on garde celles au gaz pour les pics de consommation et les jours sans vent ni soleil
• Arrêt des réacteurs de Fessenheim (2019 et 2021)
• Diminution progressive de nos exportations nettes d’énergie électrique
• Prolongation, avec l’accord de l’autorité de sûreté nucléaire, de la durée de vie de 40 à 60 ans de la moitié de notre parc de réacteurs nucléaires
• Maintien des aides (tarif de rachat) pour les installations éoliennes et photovoltaïques jusqu’à ce que la ‘’parité réseau’’ soit atteinte
• Poursuite et accélération de tous les programmes d’efficacité énergétique dans les bâtiments
• Mise en place d’un plan pour une mobilité individuelle 100 % électrique d’ici 20 ans
• Obligation d’autonomie énergétique pour toutes les maisons individuelles en 2025, toutes les solutions techniques existent déjà
• Viser le 100 % renouvelable en 2040 dans les DOM-TOM qui deviendraient de vrais territoires d’expérimentation

Le grand trou noir de tous ces programmes c’est la fiscalité : rien de rien, aucune proposition un peu construite pour une fiscalité énergétique, pour, enfin, une taxe carbone digne de ce nom, pas les quelques centimes par litre de carburant de Hollande qui en septembre 2012 avait baissé le prix de l’essence …
La meilleure, et la moins chère, méthode pour se débarrasser des énergies fossiles est d’augmenter leur coût à la consommation. Certain-e-s vont hurler à ‘’l’écologie punitive’’, ils ont tort.

Benoît Mollaret

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