03 mars 2017 ~ 1 Commentaire

Télé-réalité politique

N°37 3 mars 2017

Télé-réalité politique

C’est bien dommage, le débat d’idées est gâché ! Nous aurions pu avoir une belle campagne électorale entre un Président sortant auréolé de quelques succès : la COP21, le maintien de l’intégrité de la zone Euro, la sauvegarde de notre modèle social, un endettement stabilisé, un chômage en baisse, une lutte anti-terroriste efficace, une société apaisée et un candidat de droite libéral et conservateur. Eh bien non, notre système politico-médiatique nous a inventé un spectacle de télé-réalité politique invraisemblable.

Le candidat le plus connu est le représentant de la famille le Pen qui a fait son apparition sur la scène politique il y a soixante ans et comme la succession est assurée ils seront encore là quand nous ne serons plus. Toujours le même programme : populisme, nationalisme, conservatisme. Seules l’ouverture et la diversité permettent le mouvement, l’innovation et la création. Ce n’est pas un hasard si la région du monde la plus innovante et la plus créatrice est aussi la plus ouverte et la plus diverse. Si les ‘’city councils’’ de San Francisco et Los Angeles ainsi que les dirigeants des entreprises numériques de Californie se sont opposés aux scandaleux décrets anti-immigrés de Trump, c’est qu’ils ont compris que leur dynamisme et leur richesse étaient en cause.

La droite moins extrême a proposé à ses électeurs un pauvre choix entre un repris de justice, un ancien président qui a truandé les comptes de sa dernière campagne et un prochain mis en examen. Le pauvre Fillon ne sera probablement jamais condamné mais il confond le droit et la morale. La sphère juridico-politique est structurée par l’opposition stricte entre la loi et le hors la loi alors que le monde de la morale est organisé autour du dialogue entre le devoir et l’interdit. Pénélope écoutant du chant grégorien ou cuisant des tartes aux prunes tout en étant payée par des fonds publics mis à la disposition de son député de mari ce n’est pas illégal mais c’est totalement interdit. La technique, le droit, la morale, l’amour sont quatre dimensions différentes et indépendantes (orthogonales) de la vie. Fillon l’a oublié et il a perdu.

De l’autre côté de l’axe politique classique (les médias utilisent le mot d’échiquier politique, mot très mal choisi car un échiquier est un espace à deux dimensions alors que nous ne savons/voulons/pouvons pas sortir de l’axe droite/gauche) on trouve Mélenchon. Ancien soixante-huitard, trotskiste avant de rejoindre le PS, anti-rocardien notoire et admirateur de Mitterrand, Mélenchon a toujours été sur le flanc gauche du PS jusqu’à son départ en 2008. Admirateur de Castro, Poutine, Chavez et Robespierre il veut faire la révolution, tout seul. Son mouvement La France insoumise porte bien son nom : il s’oppose à tout et à tous : le $, Hollande, Merkel, la BCE, la loi travail, le PS, le patronat, l’OTAN, les journalistes, ses amis communistes, Hamon, … Comme en 2012 un électeur sur 10 votera pour lui mais cela n’ira guère plus loin.
Je lui reconnais deux volontés : sortir de la monarchie présidentielle dans laquelle nous sommes, mettre l‘écologie au cœur de tout programme de transformation sociale.

A côté de lui son ancien camarade, l’apparatchik Hamon qui veut Faire battre le cœur de la France, c’est aussi beau que du Hollande qui voulait Réenchanter le rêve français. Le drame de Hamon est qu’il a été majoritaire chez les électeurs de la primaire de la gauche alors qu’il est minoritaire au sein du PS. C’est insoluble. 90 % des membres du gouvernement, qui n’oublient pas qu’Hamon a signé une motion de censure contre eux il y a moins d’un an, ne le soutiennent pas. De plus il se met d’accord (tout seul sans rien demander à personne) avec ce qui reste d’Europe Ecologie c’est-à-dire les amis de Duflot qui votent contre le gouvernement depuis trois ans.
Convaincu que les exigences sociale (réduire les inégalités) et écologique (construire un environnement plus sain) ne font qu’une, il porte avec sincérité un vrai projet de société centré sur la qualité de la vie au quotidien. Pour lui ‘’la République donne toutes ses chances à chaque citoyen, …, fait confiance à sa jeunesse, …, ne tolère aucune discrimination, …, croit en l’intelligence collective, …, la République doit être bienveillante et humaniste’’.
Son projet, écologique, social, humaniste est séduisant ; son principal défaut est d’être clairement en opposition à tous nos engagements européens : sortir, comme le propose Hamon, du calcul du déficit les investissements, les dépenses de défense qu’il veut augmenter (il souhaite même un deuxième porte-avions …) fera exploser notre dette pas encore vraiment stabilisée.

Un peu ailleurs on trouve le plus jeune de la bande, Macron. Il s’est d’abord présenté comme ‘’ni de droite ni de gauche’’ puis ‘’et de droite et de gauche’’, ou est-il vraiment ? Ses adversaires de droite le présente comme le fils politique de Hollande, c’est partiellement vrai, un grand nombre de ses propositions sont dans la continuité des politiques menées par Hollande. Ses adversaires de gauche tentent de le droitiser en rappelant qu’il a été salarié d’une banque d’affaires.
Il fait une grosse centaine de propositions claires dans leurs objectifs mais pas toujours dans leurs méthodes ou leurs financements. Sont-elles de gauche ou de droite ?
Les propositions Macron pour l’école : priorité au primaire, 12 élèves max en CP et CE1 dans les ZEP sont plutôt de gauche. Et ce n’est pas l’opposition des syndicats enseignants à ‘’l’autonomie et à l’évaluation des équipes éducatives’’ qui en font des mesures de droite !
Les propositions Macron pour l’augmentation des bas salaires, pour l’apprentissage, pour un effort de formation professionnelle, pour ouvrir l’indemnisation chômage aux travailleurs indépendants, aux agriculteurs ou aux commerçants ne sont pas des mesures de droite.
Réduire le coût du travail, une mesure de droite ? Tous les gouvernements l’ont fait et ils ont eu raison ; il est idiot de taxer ce que l’on souhaite développer.
Faire payer plus les employeurs qui recourent aux contrats précaires, une mesure de droite ?
Créer un système universel de retraite (parlementaires compris), comme nous avons un système universel d’assurance maladie, permettra de finir la mise en œuvre de programme du CNR considéré comme de gauche. L’opposition des organisations syndicales des entreprises à ‘’régime spécial’’ (EDF, SNCF, …) qui défendent le statut ne fait pas de cette mesure d’égalité une mesure de droite.
Doubler le nombre des ‘’maisons de santé’’, rembourser lunettes et couronnes à 100 %, augmenter le minimum vieillesse et les allocations handicap de 100 € par mois, des mesures de droite ?
Macron propose une ‘’grande loi de moralisation de la vie publique’’ (merci Bayrou) : pas plus de 3 mandats successifs, les parlementaires ne pourront plus être consultants ou avocats, développement des budgets participatifs, plus d’embauches possibles pour les Pénélope, respect de la parité ; toutes ces mesures pourraient être qualifiées de ‘’ni de droite ni de gauche’’ mais la droite ne les propose pas.
La suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages fait beaucoup parler. C’est un impôt doublement injuste : socialement car il ne tient pas compte des revenus, territorialement car il est plus élevé dans les communes pauvres que dans les villes plus riches. Tous les gouvernements depuis trente ans ont reculé devant sa réforme, Macron propose de le supprimer, il a raison quand ‘’la France est irréformable, il faut la transformer’’. Des millions de ménage vont gagner l’équivalent d’un mois de loyer : droite ou gauche ?

Des mesures de droite dans le programme de Macron ? En cherchant bien on en trouve.
Construire 15 000 places de prison supplémentaires alors que les peines alternatives sont encore sous-développées en France est une mesure de droite.
Recruter 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires (proposé par tous les autres candidats de Mélenchon à le Pen) ? A vous de voir. Mais une vraie mesure de gauche serait de modifier le recrutement, la formation et la rémunération des policiers et de recruter 10 000 éducateurs.

Gardons pour la fin les points qui fâchent et qui clivent : l’Europe et le budget.

Sur l’Europe Macron est très clair : ‘’Que de lâcheté et d’hypocrisie, quand on entend parler d’Europe ! Certains l’accusent de tous les maux, oubliant qu’ils ont eux-mêmes négocié et signé les traités et tous les textes qui en découlent. D’autres prétendent rendre la France plus libre en sortant de l’Europe. Comme si nous avions plus de chances de peser seuls face à la Chine, à la Russie, aux États-Unis (mais aussi face à Google, Apple, Facebook et tous les géants du numérique) plutôt que rassemblés avec 500 millions d’Européens… Tous affaiblissent l’image de la France auprès de nos partenaires en prétendant vouloir « renverser la table ». Un grand pays s’honore de tenir sa parole. Nous devons faire chez nous ce que tous nos partenaires ont fait chez eux : remettre notre économie en mouvement et, dans l’intérêt de nos enfants, mieux gérer nos finances publiques. Mais l’Europe aussi doit changer : elle ne doit pas avoir pour mission de gérer une bureaucratie, mais de protéger notre présent et de préparer notre avenir. Elle doit donc nous protéger dès aujourd’hui et investir pour demain !’’
De droite ? Demandez à Delors, Rocard ou Mitterrand !

Les finances ? ‘’ Nous savons tous que l’État est lourdement endetté. Il n’y a pas de politique qui vaille sans responsabilité budgétaire. C’est pour cela qu’il faut RÉDUIRE NOS DÉFICITS. La France s’y est engagée mais c’est surtout un devoir à l’égard des générations futures. La première exigence, c’est de respecter cet engagement envers les Français. Nous effectuerons donc 60 milliards d’économies (0,5 % du PIB/an), en responsabilisant les ministres sur leurs objectifs de réduction des dépenses.
La deuxième exigence, c’est de FAIRE DES CHOIX : cibler un petit nombre de dépenses prioritaires (l’éducation, la défense, la sécurité et la justice) et sélectionner les baisses de prélèvements qui créeront de l’activité économique et de l’emploi. Nos baisses d’impôts seront réparties de manière juste entre les ménages et les entreprises, et seront financées par nos économies. Nous mettrons fin à l’instabilité fiscale. Une loi d’orientation votée en 2017 fixera pour 5 ans l’évolution de la fiscalité sur le quinquennat. Nous ne réformerons pas plusieurs fois un même impôt dans le quinquennat.’’
Là aussi, c’est clair. De droite ? Les gauches de Delors, Rocard, Jospin et DSK ont montré qu’elles étaient compatibles avec le sérieux et la responsabilité budgétaire, Macron les suit.

Alors Macron, droite ou gauche ? Pour moi clairement de gauche, progressiste, européenne, social-démocrate, ouverte, laïque et tolérante mais il lui manque encore un peu d’ambitions pour la réduction des inégalités.

Benoît Mollaret

Une réponse à “Télé-réalité politique”

  1. Bravo Benoît. Belle analyse, pour tous les bords. Manque à mon sens un point sur Macron. Son soi-disant programma n’est toujours qu’un projet. Il ne comporte aucun moyen, et quand il y en a cela ne tient pas debout. Vivement un nouveau candidat à droite pour avoir un vrai débat.


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