07 mars 2017 ~ 4 Commentaires

100 jours !

N°38 7 mars 2017

100 jours !

Le 7 mars 1815 à Laffrey (20 kilomètres au sud de Grenoble) Napoléon, l’empereur déchu fraîchement débarqué de l’île d’Elbe, convainc les troupes royalistes de se rallier et de marcher avec lui vers Paris pour restaurer l’Empire. C’est le début des 100 jours qui se termineront à Waterloo puis à Sainte Hélène …
Cet ultime, et sanglant, baroud d’honneur de Napoléon a créé le mythe des 100 jours. En 1933 Roosevelt le président américain du New deal, utilise l’expression pour définir la toute première période de son mandat au cours de laquelle il fait voter des dizaines de lois qui sortent le pays de la Grande dépression consécutive au krach de 1929. Le mythe des 100 jours passe ainsi de l’histoire à la politique.
Je ne crois absolument pas à ce mythe des 100 jours qui voudrait que l’on perde ou que l’on gagne son quinquennat dans les 100 premiers jours. Bien sûr les premières images, les premiers gestes, les premières mesures sont symboliques mais tout cela est bien artificiel. Le mythe est néanmoins solide, chaque candidat a son Monsieur 100 jours, les journalistes et politologues sont friands de cette notion parfois un peu creuse qui crée plus l’évènement qu’elle ne l’éclaire.
On ne compte plus les ouvrages, les essais ou articles avec ce titre. Un des derniers en date est celui publié par Attali, ancien conseiller de Mitterrand, très modestement titré 100 jours pour que la France réussisse. ‘’ Depuis plus de vingt ans, les rares tentatives de transformation du pays, initiées par les trois chefs de l’Etat successifs (Chirac, Sarkozy, Hollande) ont échoué. Le chômage, l’insécurité, le pessimisme se sont installés. Nous sommes convaincus qu’il est possible de rendre à la France confiance en son avenir. Pour y parvenir, nous pensons que le prochain président devra mettre en œuvre, en cent jours, un programme ambitieux, sans autre souci que l’efficacité, l’équité, la protection des libertés, la défense des plus faibles, l’accès général au savoir et à la culture, la protection de l’environnement, l’enrichissement du travail, l’ouverture aux autres et au monde, et l’intérêt des générations à venir… pour faire en sorte que l’élection présidentielle à venir ne se résume pas à choisir une personne, mais permette de sauver le pays. C’est possible. C’est urgent.’’
Attali dont l’ego n’est pas inférieur au votre ni au mien n’a pas peur de l’emphase, il présente à la veille de chaque élection depuis 2002 ses 10 ou 20 mesures qui ‘’peuvent changer la France’’, en 100 jours … Cette année il y en a 12 :

1. Augmenter massivement le taux d’encadrement dans les écoles
Tout le monde sait maintenant que l’école non seulement ne réduit pas les inégalités mais en crée de nouvelles. La seule solution pour corriger cela est d’investir massivement au tout début de la scolarité des petits français : en CP et CE1. Les efforts budgétaires les plus importants doivent être faits au moment de l’apprentissage des savoirs fondamentaux en diminuant les effectifs et en commençant par les ZEP.
2. Créer un revenu universel de formation
Tout le monde n’a pas la chance de faire des études entre 18 et 25 ans. Il est intéressant de proposer que chaque citoyen est un droit de tirage pour ses formations tout au long de sa vie. Un crédit de 5 000 heures est un bon objectif.
3. Faire de la prévention en matière de santé et du respect de soi une priorité
Notre santé nous coûte collectivement environ 265 milliards d’euros par an (grand total tout compris) en augmentation de 20 % sur les 7 dernières années, dont même pas 6 milliards pour la prévention (individuelle ou collective), en augmentation de 0 % ( ! ) sur les 7 dernières années. A titre de comparaison les dépenses de R&D dans le domaine de la santé sont d’environ 8 milliards d’euros par an.
La prévention doit devenir une priorité. Au-delà d’un changement de paradigme chez les soignants (‘’soigner c’est bien, prévenir c’est mieux’’), cela passe par la responsabilisation de chacun d’entre nous. Non pas par des malus ou des stigmatisations mais par de véritables changements de comportements : nous devons être les premiers acteurs de notre santé. Demain la médecine ne sera pas seulement préventive, elle sera aussi prédictive ; il faut dès maintenant investir en R&D dans ce domaine.
4. Egaliser les conditions de fin de carrière pour tous. Que le départ à la retraite soit le début d’une 2ème vie active au service des siens et des autres
Quels que soient l’âge de départ à la retraite et la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein les inégalités face à la durée de vie à la retraite sont importants : environ 4 ans de retraite en plus pour les CSP+. Les durées de cotisation pour avoir une retraite à taux plein doivent être modulées en fonction de la pénibilité des emplois exercés. Par exemple, 44 ans pour une ingénieure qui a travaillé toute sa vie dans un bureau climatisé, 42 ans pour un infirmier en 3*8, 40 ans pour un ouvrier agricole.
5. Donner à l’armée, à la justice, à la police les moyens d’assurer la sécurité pour tous
La sécurité (intérieure) c’est un peu comme la santé. On fait beaucoup de curatif et pas assez de préventif. Je propose que chaque fois que l’on recrute un gendarme, un policier, un juge ou un gardien de prison on recrute en parallèle un animateur, un chargé d’insertion, un éducateur ou un médiateur.
Pour l’armée et la défense nationale, c’est un peu différent. Après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer (1990) nous avons voulu ‘’toucher les dividendes de la paix’’ (Mauroy 1er secrétaire du PS) sans voir que de nouvelles menaces apparaissaient. Nous devons aujourd’hui dépenser quelques milliards d’euros de plus par an pour consolider nos forces d’interventions extérieures.
6. Faire basculer vers le carbone l’assiette d’une partie de la fiscalité pesant aujourd’hui sur le travail
Cette mesure est tellement évidente que personne ne la propose ! Il faut taxer les émissions de carbone pour les faire diminuer et il est juste de diminuer les taxes sur le travail rémunéré pour que les employeurs soient moins incités qu’aujourd’hui à externaliser, délocaliser ou robotiser.
Les taxes sur l’énergie carbonée représentent (j’arrondis) 40 milliards d’euros par an, celles sur le travail rémunéré environ 400 milliards. Cherchez l’erreur ! Il faut égaliser ces deux nombres, en 40 ans c’est possible, en créant une taxe carbone digne de ce nom. La loi de transition énergétique de l’été 2015 prévoit une trajectoire faisant passer la taxe carbone de 10 €/tonne de CO2 à 100 €/t en 2030, c’est bien mais insuffisant. Un produit de taxe carbone de 220 G€/an correspond à une taxe carbone de 400 €/t CO2, personne ne le proposera et pourtant cela ne correspondrait qu’à 90 centimes d’augmentation pour un litre d’essence.
7. Promouvoir fiscalement la création d’entreprises et d’entreprenants. Faire revenir en France les talents partis à l’étranger
Beaucoup a déjà été fait mais renforcer les systèmes de garantie et de caution publiques reste nécessaire pour aider tous ceux qui le souhaitent à entreprendre.
Faire revenir en France les talents partis à l’étranger me paraît nettement moins important que d’attirer en France des talents étrangers particulièrement dans nos universités.
8. Réaffirmer les termes stricts de la laïcité et l’appliquer à toutes les cultures qui font la France
La neutralité de l’Etat et des institutions publiques, fondement, avec la liberté de culte, de la laïcité doit s’accompagner de la discrétion des Eglises et de leurs fidèles. Discrétion qui parfois manque un peu …
9. Ne pas laisser la dette publique dépasser 100 % du PIB et la faire décroître avant 2022
Cet objectif de 100 % du PIB pour la dette publique proposé par Attali ne correspond à rien, il y a quelques années il expliquait qu’au-delà de 90 % (nous sommes à 97 %) c’était la faillite. Pour analyser correctement la dette publique, il faut se poser quatre questions :
a. Qui sont nos créanciers ? Un tiers de la dette de l’Etat est détenue par des institutions françaises qui la ‘’revendent’’, par exemple sous forme d’assurance vie, à des citoyens français. Les deux autres tiers sont dans les mains d’institutions étrangères qui, un jour, pourraient faire moins confiance à la signature de la France et réclamer des taux d’intérêt plus élevés …
b. Combien nous coûte-t-elle ? Fort cher. Le seul Etat paye chaque année environ, 45 milliards d’euros d’intérêts chaque année. Le plus intéressant est de constater que de 1975 à 2017 le cumul des intérêts payés par l’Etat est supérieur, en euros constants, au montant de sa dette en 2017.
c. Comment on la rembourse ? Dans la pratique on ne rembourse pas ou plutôt on réemprunte pour rembourser donc la dette ne diminue jamais, c’est vrai depuis 43 ans. Elle ne diminue pas quand on la mesure en euros mais quand on la mesure en % du PIB elle lui arrive de stagner lorsque la production du pays augmente. Ce que propose Attali est d’avoir une dette stable (ou très légèrement décroissante) en % du PIB ce qui est raisonnable et possible avec des déficits entre 2,5 et 3 %, une inflation autour de 1 % et une croissance de 1,5 %
d. A quoi sert-elle ? Aujourd’hui et depuis 40 ans la dette, qui n’est que le cumul des déficits, sert à équilibrer le budget. Il faut sortir de cette mauvaise habitude et progressivement (5 ans comme voulait faire Hollande est trop court, 10 ans est ambitieux mais jouable) n’autoriser les déficits, i.e. l’augmentation de la dette, que pour financer les investissements. Déroger à cette règle ne serait autorisé que lorsque la croissance/tête est négative (5 fois sur les 40 dernières années)
10. En Europe promouvoir la mise en place d’une police commune des frontières et d’une défense commune
On peut toujours promouvoir mais si c’est Orban ou Merkel qui donne des ordres aux garde-frontières, les résultats ne seront pas les mêmes …
Oui à une police des frontières européenne mais dans le cadre d’un Schengen renégocié, c’est urgent. Oui à une force d’intervention européenne mais avec un décideur politique clairement identifié ; cela prendra du temps mais il faut s’y préparer.
11. Faire de la francophonie une institution forte capable en particulier de développer un état de droit dans les pays du Sahel
L’objectif d’une ‘’diplomatie de la francophonie’’ devrait englober aussi l’ensemble des pays de la rive sud de la Méditerranée de la Mauritanie à la Turquie. L’Afrique, plus grande que l’Europe, la Chine et les USA réunis, sera le continent de la 2nde partie du XXIème siècle. Nous devons inciter à des investissements, publics et privés, au sud de la Méditerranée, dans les énergies décarbonées, les infrastructures, la R&D agricole, la santé. C’est important pour les Africains comme pour nous.
12. Redonner du sens au long terme. Septennat non renouvelable, moins de parlementaires, création d’une chambre des générations futures
On ne voit pas bien en quoi la diminution du nombre de parlementaires redonnerait du sens au long terme …
Nous avons la chance d’avoir deux chambres parlementaires, élisons en une à la proportionnelle. Soit une proportionnelle intégrale dans des circonscriptions départementales, soit une proportionnelle à l’allemande, tout aussi intégrale mais dont la moitié des députés conservent leur implantation locale.
Séparer le sens du long terme et la gestion du quotidien est malsain, l’art de la politique est de concilier les deux.

Ces douze mesures proposées par Attali pleines de bon sens ont quand même un petit côté techno sympathique. Elles sont certes hautement souhaitables mais encore très insuffisantes pour créer une société moins inégalitaire, plus intégrative dans laquelle chacun ait une place digne.

Benoît Mollaret

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4 Réponses à “100 jours !”

  1. On ferait mieux de se demander combien coûterait à la France la restitution intégrale de humanités gréco-latines jadis offertes à tous. Cela redresserait la France et tout le monde le sait très bien.
    Schola Nova

  2. Salut
    Je ne crois pas du tout que l Afrique sera l avenir du monde, l Afrique se dirige tout droit vers d enormes crises, crises démographiques, environnementales, conflicts qui seront encore plus nombreux entre agriculteurs et eleveurs, l Afrique est une bombe prette a exploser

    • Salut Arnaud,
      Oui l’Afrique va exploser et après il faudra bien reconstruire.
      Pour éviter l’explosion ma proposition est que les pays de la rive nord de la Méditerranée investissent massivement sur la rive sud.


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