31 mars 2017 ~ 0 Commentaire

Nouvelles frontières

N°40 31 mars 2017

Nouvelles frontières

Hier soir, au beau milieu de la nuit, un satellite de communication a été mis en orbite à l’aide d’une fusée réutilisée. Cette première est un véritable exploit technique réalisé par la société Space X (voir chronique N°9 du 30 juin 2016 sur www.b1mollaret.net) : réutiliser une fusée déjà utilisée dans l’espace.
Elon Musk, le patron de Space X, ‘’l’entrepreneur qui veut changer le monde’’ (titre de sa biographie) a le projet d’apporter internet sur tout point de la planète grâce à un réseau de quelques milliers de satellites et pour un coût pour l’utilisateur final de 100 $/an. Quand on sait qu’il y a aujourd’hui environ 1500 satellites opérationnels en orbite terrestre, le projet de Musk (4 000 satellites à lancer en 4 ans) est vraiment un projet de ouf ! Pour ne pas se ruiner Musk a besoin d’avoir un coût de lancement de satellites le plus faible possible. La mise en orbite basse d’un satellite de communication coûte environ 60/80 millions de US$, la société luxembourgeoise propriétaire du satellite lancé hier a bénéficié d’un rabais de 30 %. Musk vise encore plus bas, beaucoup plus bas. Le test d’hier consistait à réutiliser le lanceur récupéré sur une barge en plein océan après une première utilisation et reconditionnement. La comparaison des coûts est impressionnante : fabrication du lanceur : 60 millions de US$, carburant pour un lancement : 300 000 US$, ce qui fait dire à Musk qu’il pourrait diviser par cent le coût d’un lancement ! L’homme est ambitieux, une division par 10 suffirait à révolutionner l’industrie spatiale mondiale.
Récupérer, en position verticale et tête en haut, une fusée de 70 m de haut (l’équivalent de deux wagons de TGV) n’est pas une mince affaire mais les enjeux sont potentiellement énormes. Les moteurs des fusées sont testés au sol pendant plusieurs heures d’affilée et ne sont utilisés dans l’espace que pendant trois minutes, leur réutilisation une dizaine de fois paraît raisonnable.
La réutilisation est le nec plus ultra de l’économie durable, bien mieux que le recyclage. Avec Space X les fusées ne sont plus des déchets qui polluent l’espace (selon le CNES il y aurait plus de 20 000 objets, vieux satellites, débris de fusées, … en orbite autour de la terre) mais de véritables produits industriels utilisables et ré-utilisables un grand nombre de fois sur une longue période.

Pour certains, Musk en fait partie, les activités spatiales sont un moyen de rechercher de nouveaux espaces de croissance dont on dit (je n’y crois pas) qu’elle serait limitée par les limites physiques réelles de la planète terre. L’espace est infini (au moins à notre échelle), contient-il des ressources utiles pour l’humanité ?
Seule l’exploration spatiale peut le dire. Les Etats-Unis et la France sont les deux pays qui dépensent le plus dans ce domaine ; il nous faut poursuivre cet effort (c’est un reste extrêmement positif de la France gaullienne des années 60) en y associant autant que possible nos voisins européens.
Un seul candidat à la prochaine élection présidentielle inscrit clairement l’espace comme priorité politique. Jacques Cheminade (candidat pour la nième fois, 0,5 % dans les sondages) en fait même un pilier stratégique de son programme présidentiel. Certaines de ses propositions (base permanente sur la lune pour y exploiter des ressources métalliques) relèvent soit de la science-fiction soit d’une vision à plusieurs siècles mais elles nous rappellent que l’espace est un domaine d’excellence pour la France et son économie et qu’il serait tout à fait dommageable de l’abandonner. La France consacre environ 2 milliards d’euros par an d’argent public à l’espace, il est nécessaire de maintenir ce niveau d’investissement et même de le renforcer un peu pour garantir un peu d’indépendance européenne et développer de nouvelles activités utiles à l’humanité.

Un autre domaine d’exploration est lui aussi un peu délaissé : la mer. Nos océans sont pleins de ressources mal ou non exploitées. Dans l’histoire de l’humanité les premiers villages sont des villages de pêcheurs installés au bord de mer poissonneuses. A la différence de l’espace il est certain que les mers et océans recèlent quantités de ressources que nous exploitons à peine.
La plus évidente est la ressource halieutique qui bien gérée et exploitée de façon à la fois industrielle et durable (c’est compatible) est capable d’apporter l’ensemble des ressources protidiques dont nous avons besoin. Nous pêchons, de façon très désorganisée, chaque année environ 140 millions de tonnes de poissons à comparer à 110 millions de tonnes de porc et 70 millions de tonnes de bovin. La pisciculture maritime (fermes en pleine mer) permettrait de remplacer les élevages bovins particulièrement polluants et consommateurs d’espace.
Deuxième ressource encore peu exploitée, les énergies marines. En premier lieu l’éolien offshore qui assure 40 % de la production d’électricité au Danemark (0 % en France …) et qui sera dans trente ans en Europe et dans le monde la première source d’électricité devant (dans l’ordre) les barrages, le photovoltaïque et le nucléaire.
Troisième ressource, moins connue, les océans recèlent 84 % des métaux rares de la planète. Dans leurs profondeurs sommeillent des gisements de phosphate, des nodules polymétalliques (cuivre, cobalt, nickel), des croûtes métalliques de manganèse, cobalt ou cuivre et des sulfures hydrothermaux (cuivre, zinc, argent, or, cobalt, plomb), utilisés dans toutes les objets technologiques : satellites, composants électroniques, robots, smartphones, télévisions, avions, voitures, radars, etc. A à ce jour, plus de 90 % de la production mondiale de terres rares provient de Chine, en situation de quasi-monopole. Si elle décide un jour de garder sa production pour ses propres besoins, le reste du monde se trouvera en très grande difficulté.
Comme pour l’espace, mais pas pour les mêmes raisons la France, occupe une position privilégiée pour l’exploitation des mers et des fonds marins. Nous avons le deuxième espace maritime au monde, investir dans son exploration puis son exploitation nous apportera ressources, espaces de croissances et emplois. Le poète nous avait incité a ‘’toujours chérir la mer’’, si nous voulons rester des ‘’hommes libres’’ nous devons maintenant l’exploiter en la respectant.
Comme avec l’espace, Cheminade fait de la mer un pilier de son programme présidentiel. Mélenchon aussi, de façon plus réaliste tout comme son ex-camarade brestois Hamon qui souhaite développer l’économie maritime dans toutes ses composantes.

L’espace et les océans sont de nouvelles frontières pour l’intelligence humaine. Au début des années 1960 le futur président américain John Kennedy proclamait : ‘’Mais je vous dis que nous sommes devant une Nouvelle Frontière, que nous le voulions ou non. Au-delà de cette frontière, s’étendent les domaines inexplorés de la science et de l’espace, des problèmes non résolus de paix et de guerre, des poches d’ignorance et de préjugés non encore réduites, et les questions laissées sans réponse de la pauvreté et des surplus’’. Quel candidat en France saura nous proposer de nouvelles frontières à conquérir ensemble : l’espace et les océans (pour le développement économique et technologique) mais aussi la paix et la démocratie (pour supprimer les guerres), l’éducation (pour combattre l’ignorance), la culture (pour lutter contre les préjugés) et la solidarité (pour faire disparaître la pauvreté et les surplus) ?

Benoît Mollaret

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